samedi 27 novembre 2010

Kaili et ses environs (dans le Guizhou)





Kaili et sa région (du vendredi 29 octobre au mardi 9 novembre)

Le lendemain matin, on embarque pour un trajet de huit heures à destination de Kaili, sur des routes
défoncées ou des chemins pierreux qui serpentent dans la montagne et grimpent sur des sommets
vertigineux. On déguste ! Il semble qu'on ne va jamais faire de pause. Certains des passagers sont
malades et s'en remettent aux plastiques qu'on leur distribue. Ce n'est qu'au bout de 5 heures et demi
de soubresauts que le conducteur daigne s'arrêter !



Chemin faisant, tout en regardant le paysage défiler, je méditais sur le riz. On connait maintenant
plusieurs épisodes de sa récolte, et même plusieurs modalités. On a vu des femmes secouer de
grands plateaux dans le vent, les enveloppes s'envolent, les grains restent. On a vu des hommes
battre des gerbes d'épis dans un bac en bois pour en faire tomber les grains, on a vu des femmes le
faire en les frappant d'un marteau sur une natte, on a vu une machine à pédale le faire. On a pu voir
à Zhaoxing une machine avec soufflerie fonctionner. Il reste cependant bien des questions :
pourquoi les champs continuent-ils d'être inondés après la récolte ? Est-ce pour amender le sol ? Car
comment la terre ne s'appauvrit-elle pas avec deux récoltes par an ? A quoi sert la paille de riz ? A
certains endroits elle est brulée sur place. Ailleurs elle est mise à sécher par paquets, qui sont
ensuite patiemment agencés en des bottes sentinelle, qui parfois sont hissées autour des troncs des
arbres. Comment s'y prennent-ils pour ériger les bottes sentinelles qui parfois montent très haut
dans le ciel ?

Petit film : une affaire de riz
http://picasaweb.google.com/sissiofmarseille/Films?authkey=Gv1sRgCLyulOm40JzJ4wE&feat=directlink

On arrive à Kaili, ville sans charme mais qui présente au moins l'intérêt d'être à taille humaine. Et
on y fait la rencontre fabuleuse de Lucia et Dave. Elle est uruguayenne, lui irlandais. Ils voyagent
depuis plusieurs années (dans l'Est de l'Europe essentiellement, et en Chine), et se posent quelques
mois ici, à Kaili, car ils ont trouvé un poste d'assistant d'anglais dans un collège. L'appartement mis
à leur disposition est basique et dépourvu de chauffage, alors que le froid commence à sévir. On se
gèle carrément ! D'ailleurs Dave va tomber malade et devra être hospitalisé sous le coup d'un virus
particulièrement agressif. Lucia est végétalienne et Dave végétarien. A chaque fois qu'on croise un
chien, cela donne lieu à des effusions tendres et exubérantes. On fait un voyage de deux jours
ensemble à Zhengyuan. On a souvent assisté à ces témoignages d'affection. 

Zhengyan, petit bourg chinois a su conserver une certaine harmonie architecturale, et s'illumine à la nuit tombée de lampions rouges. Nous visitons un ensemble de temples accrochés à la falaise, dédiés à Confucius, Lao Tse, Guanyin, au fondateur du Taichi et pouvons contempler la pierre devant la grotte où il pillait les comprimés d'immortalité !




Un charment guide de l'office de tourisme, Billy Chang, polyglotte parlant même français, auteur du
site 'toguitsou.com', nous a conseillé de nous rendre au festival de Gulong, un bled perdu auquel
aucun bus ne peut nous conduire ! On prend le train, qui nous dépose au milieu d'une foule qui se
presse vers une mêlée de vans, tous immobilisés dans un embouteillage monstre. Notre virée à
Gulong sera de courte durée, on n'y trouve pas l'ombre d'un hôtel. Le monde qui se rassemble ici est
impressionnant, le bruit assourdissant, les motos klaxonnent avec insistance, la saleté est
repoussante. Un jeune lépreux est couché sur la route, implorant et tremblant de tous ces membres.
Cette image me poursuit longtemps. Le temps de voir des monceaux de viande de chiens aux étals,
on remonte dans un bus.




On pensait rester deux jours. On s'enfuit à Cheng an, au nord de Kaili.

Billy nous avait informé que le lendemain serait jour de marché. Les villageois miaos et gejias des
environs, à cette occasion, endossent leurs costumes traditionnels et descendent en nombre. On voit
les femmes aux belles coiffes faire leurs emplettes de tissus, de fils, de galons... On a l'occasion de
voire une femme confectionner un chapeau, un médecin charlatan utiliser un stéthoscope hors
d'usage sur des patients crédules, des femmes se faire poser moult ventouses, un chirurgien dentiste
ambulant, un prothésiste de fortune.. . Mais ici aussi, une vision d'horreur nous saute à la gorge, un
homme tout disloqué, le visage couvert de boue, se traine dans la foule, à l'aide de ses seuls bras,
vociférant et portant, imbriqué sur lui, un enfant, tout aussi gravement difforme.







On a eu la chance de trouver un hôtel moderne et plaisant au bord de la rivière. Ceux indiqués par
les guides ont mis la clef sous la porte. Nous assistons au spectacle ininterrompu d'hommes et de
femmes qui bâtissent les murs de soutènement des berges. Les hommes, tout comme les femmes
mettent tout leur coeur à l'ouvrage, cassant les cailloux avec de misérables marteaux, transportant
des mastodontes avec de frêles palanques, en se frayant un chemin hasardeux parmi les blocs de
pierre.




Nous gravissons le chemin qui mène au village de Xinghai, où vivent des gejias. Et dire que les
enfants font ce parcours quotidiennement quand ils reviennent de l'école ! Ça nous prend une bonne
heure, pauses photo comprises. Comment souvent dans les villages traversés, règne un certain
désordre. Le village ne s'organise pas autour d'un point central et les sentiers sont dessinés à la va
comme je te pousse. Arrivés au sommet, on se repose en regardant les femmes broder et
découvrons qu'elles le font sur l'envers du tissu . Mais nulle trace des fabriques familiales d'encens,
mentionnées dans le guide. Ça n'est peut-être pas la saison. Chacun travaille aux champs et le buffle
est mis à contribution.





Le lendemain, on bat la campagne à la recherche du village des forgerons, qu'on repère de loin,
nous prévient le guide, par le son caractéristique de leur martelage. Que nenni ! La seule forge
qu'il nous est donnée de voir, croupit sous des monceaux de plantes grimpantes fanées et
poussiéreuses. Un homme que j'ai interpellé en mimant le travail du forgeron nous invite à la suivre
et nous fait visiter ses machines désœuvrées.





Sur le chemin du retour, dans la belle lumière du soir, assis sur un muret qui entoure un champ où
sèche la paille de riz, contemplant la campagne paisible, Alain lit à haute voix les chapitres du guide
bleu consacrés à la vie, les coutumes et les légendes des minorités. Des insectes voraces et
intrépides en profitent pour me dévorer les mollets.


Mais on a pu se rendre compte à quel point la région est en expansion. Ils sont en train de construire
d'immenses zones résidentielles, avec des maisons bien alignées en rang d'oignons et de planifier de
larges avenues pompeuses et rectilignes pour les desservir.

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