Nous redescendons dans la vallée du Duliu, nous quittons le Guangxi pour le Guizhou, et 3 bus
plus tard, arrivons à Zhaoxing. Les bus sont ma foi fort bien synchronisés. En route, nous
rencontrons deux routards coréens. Nous essayons de communiquer en chinois, mais eux aussi
peinent à le parler. Nous les croiserons encore deux ou trois fois, avec étonnement, moult sourires
et grand plaisir.
La première impression est saisissante ! La grande rue est bordée de maisons alignées, à la belle
architecture en bois, du riz sèche à tous les étages, les habitants nous observent assis sur leur petit
banc à la devanture de leur boutique, d'autres s'affairent, portant denrées et lourdes charges. On part
à la recherche d'un hôtel, escortés comme il se doit par une femme insistante. On en choisit un au
fond d'une ruelle, dont l'entrée est dans la pénombre. Il n'a l'air de rien, mais tout le confort y est et
pour finir il y aura même la wifi !
Zhaoxing est un gros village lové au creux d'une vallée. D'autres villages satellites sont disséminés
dans les montagnes alentours. On n'est plus du tout en pays connu. On a du mal à repérer un
restaurant où manger. On finit dans un infâme bouiboui à manger d'infâmes nouilles de riz. La
propreté est douteuse.
On entame l'exploration des lieux, en longeant la rivière. L'eau est boueuse et charrie des détritus.
Les passages sont encombrées d'objets les plus divers. Il règne un certain désordre. L'activité est
intense aux abords des ponts et des tours du tambour. C'est l'heure de rentrer le riz qui a séché au
soleil. Ici les choses se font encore à l'ancienne : nattes et paniers sont encore à l'honneur.
Les femmes portent le pantalon, la veste indigo et un chignon torsadé autour d'un gros peigne en
plastique coloré au sommet de la tête. La couleur indigo est obtenue à partir de la macération de
plantes. De nombreux bains dans des marmites chauffées au feu de bois sont nécessaires pour
produire la nuance voulue, qui peut aller jusqu'à un noir lustré. Parfois du sang de boeuf est rajouté
pour obtenir un brun-bronze. Puis le tissu est enduit de blanc d'oeuf et interminablement martelé.
Tout les villages résonnent au doux son des marteaux, dès le petit matin et jusqu'à la tombée de la
nuit.
Des chiens blancs parcourent les ruelles, indifférents et déterminés. Ils sont de nature pacifiques, ils
n'aboient pas, ne se bagarrent pas entre eux et ne font pas l'objet d'attention affectueuse de la part
des hommes. Évidemment on finit par en voir sur l'étal du boucher ! D'ailleurs, il semble manger
des mets bien surprenants, ces dongs-ci ! Dans un restaurant la table d'à coté se régale d'une assiette
d'insectes tels que mantes religieuses, cafards et sauterelles. On passe à coté d'une dame qui nettoie
soigneusement une poignée de gros rats dépecés, et on tombe sur une autre dame qui prépare le
repas du soir : un grand bol de larves blanchâtres mêlées d'abeilles géantes qu'elle extraie d'un lot
d'alvéoles noires. En ce pays si étonnant, on finit quand même pas trouver un lieu où prendre un
sympathique petit déjeuner composé d'un café au lait délicieux et d'une crêpe à la banane.
On monte la route qui conduit à Jitan, puis nous bifurquons sur un chemin qui rapidement se révèle
très escarpé. Hou là là, ça grimpe ! On reprend notre souffle sous le portique qui signale l'entrée du
village. Les lieux nous paraissent un peu déserts. Seuls poules et cochons les animent. Les femmes
nous regardent un peu de travers. Une petite fille se cache pour nous observer. Le village est
pratiquement épargné par les voitures. Alain pèle une pomme avec son leitherman tout neuf offert
par Cécile au moment du départ, il se coupe le doigt ! La marchande de la boutique voisine nous
vend un sparadrap. En repartant une dame nous offre tout de même deux fruits-rave et un chauffeur
de camion au grand sourire nous propose de nous redescendre.
Le lendemain on se rend au village-musée de Tang'an. Mais il est difficile de se faire comprendre
pour trouver le bus ! On finit par réaliser que tous les bus qui passent sur la route y mènent et
déposent les passagers à un kilomètre du village. A l'entrée un arbre porte le nom du norvégien qui
s'est pris de passion pour ces habitants et qui a tenté de les aider à préserver leur culture. Les
maisons sont magnifiques, certaines plus récentes d'un bois doré, certaines pourvues de multiples
panneaux ajourés en guise de fenêtres. La tour du tambour est un centre névralgique, les hommes et
les femmes lourdement chargés s'y croisent, s'y reposent, les femmes viennent puiser de l'eau à la
fontaine, l'une d'entre elle fait la lessive dans l'étang au pied de la scène de théâtre à l'équilibre
instable. Les enfants s'égaient en ses abords. La pluie, le froid nous tombent dessus. C'est le
moment de lire le livre sur les Dongs de la région que nous avons acheté à Zhaoxing. Nous
échangeons signes, rires et galettes avec les enfants. Ils s'attroupent autour de nous et sont ravis de
reconnaître les lieux connus d'eux sur les photos.
Pas de salon de thé à l'horizon pour se réchauffer, seulement une terrasse sur laquelle des hommes
jouent aux cartes. L'un d'entre eux, un casque de moto sur la tête. On reprend la route sous nos
capes de pluie. En descendant, on recroise deux français qui font la Chine à vélo. Sous la pluie, dans le froid, dans des montagnes abruptes, et devant repartir plus vite que prévu car ils n'ont pas prévu suffisamment d'argent étant donné l'absence de banque dans le coin !
Trois nuits plus tard, on se prépare à quitter Zhaoxing et le pays des Dongs. Le bus n'est qu'à midi,
on refait un dernier tour. Et on tombe par hasard à l'approche d'une tour du tambour sur une
cérémonie d'enterrement, très impressionnante. Tout le monde porte un turban blanc, deux
orchestres se répondent, les pétards fusent, un homme fait partir, trois par trois, des fusées
assourdissantes. De gros morceaux de viande sont distribuées aux participants. Des poutres de la
pagode pendent des colifichets, des valises, des oriflammes. Il se prépare quelque chose... Des
hommes s'agenouillent devant l'autel et s'inclinent, un homme chante une mélopée, une femme lui
répond. C'est la levée du cercueil. La musique s'intensifie, le cortège s'ébranle. On cherche un
endroit pour boire quelque chose de chaud. La plupart des boutiques sont closes derrières leurs
battants de bois. En descendant la grande rue, on finit par trouver une taverne ouverte. On entend au
loin de la musique qui annonce une autre cortège. On nous explique qu'il s'agit d'un anniversaire de
naissance d'un enfant, pour les garçons c'est trente jours après la naissance, pour les filles, c'est le
vingt-neuvième jour.
Nous faisons la connaissance de Congjiang. Une ville, qui s'étire le long de la rivière, sans apprêt,
sans charme et apparemment sans restaurant ! Ils ont remplacé les marchands de soupe et de
nouilles grillées par des magasins de mode. Ici, ils ne se restaurent pas, ils consomment. On finit par
se poser derrière un stand de raviolis assez sommaire. La dame gentiment nous proposent une soupe
dans laquelle trempent d'indéfinissables morceaux informes. On fait un détour par la pâtisserie du
coin, bof ! L'hôtel est aussi sinistre que la ville. Mais on est là pour nous rendre à Ba Sha. Alors
aussitôt dit, aussitôt fait.
Ba Sha, une myriade de villages miaos, extrêmement escarpés, enfouis sous une végétation
luxuriante de bananiers et de bambous ! La coiffure des hommes miaos est une queue de cheval sur
une tonsure à l'arrière de la tête. Ils portent le mousqueton à l'épaule. Les femmes ont des parures
magnifiques, qui détonent dans le paysage, plutôt désolé, désordonné et boueux. Des sentiers
caillouteux se faufilent entre les maisons, encombrés de détritus. Dans un recoin de chaque village,
se tiennent un ensemble de greniers à grains sur pilotis et de murs en espalier pour faire sécher le
riz. On se demande bien comment ils s'y prennent pour déposer les gerbes à une telle hauteur. On va
bientôt le savoir : les hommes escaladent les barres de bois, et se font passer les gerbes en les
lançant de toutes leurs forces.
On n'aperçoit en fait qu'un seul homme, ils sont tous à la chasse ou aux champs. Au moment de repartir, une escorte d'hommes arnachés, portant instruments et bâtons pourvus de cornes, nous passent devant le nez ! Notre taxi est là, on ne saura jamais s'ils revenaient d'une fête ou s'ils s'apprêtaient à s'y rendre.
Le lendemain matin, on embarque pour un trajet de huit heures à destination de Kaili, sur des routes
défoncées ou des chemins pierreux qui serpentent dans la montagne et grimpent sur des sommets
vertigineux. On déguste ! Il semble qu'on ne va jamais faire de pause. Certains des passagers sont
malades et s'en remettent aux plastiques qu'on leur distribue. Ce n'est qu'au bout de 5 heures et demi
de soubresauts que le conducteur daigne s'arrêter !
bonjour à vous deux :-)
RépondreSupprimerje viens de recevoir la newsletter de nos amis de www.balladavelo.net, ils sont....en chine:
"Chine, Yunnan, Lancang,
Cette balade en Chine dans le Yunnan n'était pas prévue mais c'était trop proche pour louper cette région de belle réputation. Le paysage est beau sur ces contreforts himalayens toujours plus proches, toujours plus bosselés... Nous montons plein nord, direction Dali. Il est déjà tard dans la saison, tant pis, nous achèterons des pulls."
Je pense que de votre côté vous descendez vers le sud ??
Je vous dis à bientôt et bonne route :-)
ps: (oh lalalala quelles étranges nourritures!)
J'ai enfin trouvé comment joindre votre blog et ses mises à jour! Merci de votre mail Sylvie qui m'a un peu rassurée sur votre aventure et incitée à rechercher la suite.
RépondreSupprimerLa nourriture est une chose terrible! Inimaginable et particulièrement écoeurant pour l'occidentale frileuse que je suis:des insectes en plat cuisinés...un cauchemar! En revanche,qu'il doit être troublant et vivifiant de se frotter à des humains de cultures si radicalement autres;trouve-t-on des stigmates de la "civilisation" dominante et envahissante de l'an 2000 qui rejoint la chine ds ses grandes villes? Type bouteille de coca-cola ds une boutique/bar?
En tout cas merci de vos photos et de vos écrits . C'est comme si nous pouvions sentir un peu la fraiche pluie, les regards furtifs curieux ou méfiants,l'isolement étrange dans cet univers barré par la langue. Jamais je ne connaitrais pareille aventure et j'aime entendre des échos de la votre.
Pour nous en France,rien qui mérite votre attention:la routine avec nos politiques qui commencent à joyeusement et plus ou moins discrètement s'étriper en prévision des présidentielles 2012 et les sales affaires collent à Sarkozy mais rien de définitif pour le moment(une histoire de rétrocommissions qui auraient servi à financer campagne de Balladur avec Sarko et peut-être aussi enrichissement personnel);l'anxiété febrile concernant la zone euro avec sur la selette l'Irlande et parait-il bientôt le portugal (et plus si affinité?)! La réponse martelée par nos dirigeants est la nécessité de rigueur mais le grand HIC étant chroniquement le même: pour qui?En quelques années le nombres de pauvres a augmenté en France, pas le nombre de "riches" mais leur fortune oui!!....Heureusement l'OM est pour l'heure qualifiée en 8° de finale d'une coupe (ou un championnat?) en europe et ils sont premier je crois du championnat français! Cela permet d'oublier des évts graves ds des cités marseillaises.Des guerres de territoire entres dealers ont fait un mort de 16ans,un blessé de 11ans,des enfants étant eux mêmes lourdement armés si j'ai bien compris et des renforts durables de crs ds ces zones. Le froid de l'hiver nous saisit vraiment (on descend vers 3/4° le matin)mais la lumières des fêtes de Noël nous réchauffent;hélas cette nuit une SDF de 40 ans est morte sous un porche d'immeuble à Marseille et toutes les radios nationales le claironnaient ce matin.Les restau du coeur ont ouverts et s'attendent à une nvelle augmentation de la demande.On vit une époque formidable comme dirait Philippe Meyer,chroniqueur et journaliste que j'aime.Etre lucide n'entame pour autant pas mon plaisir de vivre qui se nourrit de toutes ces petites choses du quotidien...comme lire vos aventures par exemple!
A bientôt. Amicales salutations.
Hélène.