vendredi 4 février 2011

Rangoon, Bago, le rocher d'or, Mawlamyine
















Rangoon

Aïe, Rangoon ! La ville qui suffoque, la ville qui sombre, la ville qui dépérit... La décrépitude du
centre ville saute à la gorge. Les trottoirs sont dévastés tels des champs de mine, les immeubles
dégorgent de moisissures, les habitants croulent sous la peine, les yeux noirs et douloureux. Nulle
envie d'en arpenter les rues.



On cherche une agence pour connaître les vols pour le Laos, le guichet
réservé aux touristes pour acheter le billet de train pour Bago, et le moyen de changer de l'argent. Le
temps de faire des comptes est venu, notre pactole en dollars a fondu, en aurons-nous assez pour
tenir jusqu'au bout ? Il faut prendre des décisions : on raccourcit le voyage de quelques jours, on ne
prend le billet d'avion que jusqu'à Bangkok, et on se promet de réduire les dépenses.
Mais où change-t-on de l'argent à Rangoon ? Il est dit que c'est ici qu'on peut obtenir le meilleur
change, qu'il ne faut surtout pas changer dans la rue, qu'on peut le faire dans certains magasins
autour de la gare. On parcourt le quartier en long en large, on finit pas se faire accoster par un
rabatteur et la discussion s'engage : on s'accorde sur le taux de 1 dollar pour 870 kyats. On suit le
monsieur et le soupçon commence à poindre : il marche très en avant, l'air de rien. En chemin, nous
nous répétons les précautions à prendre : nous n'accepterons pas d'échange à la va-vite sur le trottoir
! Il nous confie à deux autres énergumènes, qui se dirigent vers un étroit passage au coin d'une
échoppe et qui montent un escalier sombre et sordide. Alain les suit, moi je reste en arrière. Les
gens autour ont comme un vague sourire aux lèvres. J'essaye de suivre le manège des uns et des
autres. Quand Alain redescend, il dit avoir compté les billets un à un, mais que le paquet lui semble
bien mince après-coup ! Là, bousculade ! Un des énergumènes invective Alain, tout en fermant la
porte du palier. Il lui reproche de l'avoir suivi, de lui faire prendre des risques. On recompte vite
fait. On s'est fait avoir comme des bleus, il manque 27000 kyats. Ma nature batailleuse se met en
marche, pas question de lâcher le morceau. Alain court après le rabatteur, moi je m'assoie sur les
marches, je dis haut et fort que je ne bougerai pas de là, je menace d'appeler la police ! Je prends
tout le monde à témoin, je leur reproche d'être tous dans la combine, je prends des photos.




Alain revient, il a retrouvé le rabatteur, qui n'avait pas disparu dans la nature comme il aurait pu le faire,
un agent de police en civil (?) est intervenu, dont l'attention a peut-être été attirée par ma
véhémence, il a veillé à ce que le rabatteur lui rende l'argent escamoté. Finalement on a perdu 2000
kyats dans l'affaire !

En fin d'après-midi on marche jusqu'à la pagode Shwedagon. Ouh que la route est longue ! A longer
ces larges avenues embouteillées et sans intérêt, la fatigue se fait sentir. Mon dépit contre Rangoon
fulmine quand on pénètre la pagode 'sublime' et qu'il faut encore payer 5 $ chacun. Le spectacle qui
s'offre à nos yeux est déroutant. La pagode dégouline d'or, chargée à outrance de pagodons, d'autels
et de pavillons. La pointe de la stûpa est constellée, apprend-on dans le guide, de pierres précieuses.
Le contraste avec la ville est troublant. D'ailleurs où sont les pauvres ? On ne voit que belles
femmes somptueusement habillées de riches longhis soyeux et familles aisées déambuler. Seraientils
là pour se pavaner ? Il ne se dégage des lieux aucune ferveur, aucune spiritualité. Il y a du
clinquant dans l'air. Chaque bouddha est paré d'une auréole clignotante. Bref, on se croirait à Disney
Land ! Il semblerait que le bouddhisme ait été dépouillé de sa substance. Il ne reste que l'enveloppe
rutilante et l'espoir que chacun dépose au pied de ses idoles pour que ses voeux de prospérité se
réalisent.


Bago

On prend le train pour Bago. 2 petites heures à endurer des secousses latérales et d'avant en arrière
assis sur des sièges durs en bois ! Ca sera notre unique expérience de train. Les fenêtres sont
grandes ouvertes, l'air circule amplement, on profite mieux du paysage qu'en bus. On s'aperçoit que
les rails servent de dépotoirs à foison et que ce sont les plus démunis qui élisent domicile le long de
voies. Des perroquets verts sont juchés sur les fils électriques.

Quand on descend du train, le tableau est calamiteux : tout est noir, sale et triste. Une nuée de
jeunes se cramponne à nous pour nous conduire vers un hôtel, dont la ville est par ailleurs fort peu
nantie. On les visite un à un, ils sont miteux, moroses et chers ! Le prix demandé par le tuktuk pour
rallier un hôtel à l'écart de la ville est abusif. On parvient à grand peine à se défaire de nos larrons,
et l'on s'engage sur la route, sous le cagnard, bien décidés à y aller à pied. Mais en définitive, se
trouve-t-il à 1 miles ou à 3 miles ? En nage, on saute dans un tuktuk à un prix qui s'est modéré en
s'éloignant du centre. A L'hôtel on marchande fort, de 20 $ (le prix le plus élevé réclamé jusqu'alors)
ça descend à 14.




En attendant l'heure du diner, on fait un tour dans les parages. On n'est ni à la campagne, ni à la
ville. Tout pourrait sembler paisible si le haut parleur ne crachait pas son baratin bouddhique à des
lieues alentour. Les gens sur le pas de leur porte nous salue gentiment. Toutes sortes de maisons
bordent le chemin, depuis la maison en bambou, la maison en bois, la maison en briques, jusqu'à la
maison en ciment. Devant les unes, des monticules de poubelles, devant les autres, un 4x4 flambant
neuf. Cela laisserait entendre que dans ce quartier les classes sociales cohabitent.




A 8h30 tapantes Saw nous attend à l'entrée de l'hôtel. Ce n'est pas le chauffeur du tuktuk comme on
le croyait, mais il embarque avec nous car il parle quelques mots d'anglais. Son fils de 14 ans nous
accompagne aussi. On retiendra de cette journée les deux bouddhas couchés géants. Le premier
vient à peine d'être restitué quasiment à l'identique de l'ancien qui a péri lors du tremblement de
terre de 1930. En déchiffrant les panneaux peints à l'entrée de la pagode, on apprend la légende qui
entoure la construction du deuxième : le roi païen d'Hantawady, Migadeikapa, envoie en sacrifice
son fils à la chasse dans la forêt ; en chemin, il rencontre la belle Dalahtaw, bouddhiste, dont il
tombe amoureux. Il l'épouse en lui promettant qu'elle pourraît continuer à pratiquer son culte.
Cependant, les courtisans la font condamner à mort mais au moment de l'exécution, Bouddha
détruit l'idole païenne Le roi converti fait ériger une gigantesque statue de Bouddha couché. Il faut
admettre cependant que ces sculptures monumentales sont bien insipides et que leur expression ne
traduit aucune émotion.










Le rocher d'or

Pour arriver ou partir du Rocher d'Or, les bus pratiquent des prix spéciaux, très élevés évidemment,
qui plombent notre budget. Le confort y est cependant tout relatif.





A peine arrivés, installés dans un hôtel du camp de base, le Kin Pun Camp, qui s'est tellement
développé en 15 ans qu'il en est méconnaissable, on s'apprête à gravir la montagne jusqu'au fameux
rocher. On découvre avec stupeur les conditions dans lesquels les pèlerins sont transportés, entassés
par centaines dans des camions pour atteindre le palier supérieur (1h de camion pour éviter 3h de
marche). On n'est plus des humains, on est traité comme du bétail : pas la place de poser les fesses,
pas la place pour les genoux, ballotés dans les virages d'un coté à l'autre de la benne, sur le point de
défaillir quand la pente s'inverse, retenus par le seul fait d'être compactés les uns aux autres. Je me
mets à bêler... ça fait sourire les birmans. Il nous reste une bonne heure d'ascension, sur une route
bétonnée, à lacets serrés, fréquentée sans discontinuer par d'autres camions bondés, sous une
chaleur de plomb. En fait plus personne ne monte à pied depuis en bas, les birmans mettent moins
d'ardeur que dans le temps à décrocher des mérites pour leur vie future. Je ne retrouve donc
absolument pas l'atmosphère ressentie lors de mon premier voyage. Il s'agirait plutôt d'une
attrayante excursion en famille. La fausse note sur laquelle on bute à 100 m du rocher, c'est le droit
d'entrée que doivent payer les seuls touristes. Encore une fois, je rouspète, et nous revenons sur nos
pas. Pour redescendre, on prend un chemin plus long et beaucoup plus escarpé, mais combien plus
engageant, bordé de maisons faites de bric et de broc et égaillé d'une multitude d'enfants. Une
famille de birmans nous prend sous son aile, ravie que nous fassions un bout de chemin ensemble.
On blague dans le camion au retour. On attend longtemps qu'il se remplisse, la nuit est tombée, le
retour sera moins stressant que je le craignais.









Mawlamyine

Débarquer à Mawlamyine, peiner à trouver un hôtel qui soit correct, à l'heure la plus chaude de la
journée.... l'enthousiasme tend à décroitre. Jamais depuis le début du voyage les hôtels n'ont été si
chers et si pourris (du formica, pas de fenêtre, toilettes sur le palier). Et durant cette prospection,
Mawlamyine ne se montre pas à son avantage. De la digue qui longe la rivière la Salouen s'élève
une odeur pestilentielle : les birmans déversent leurs poubelles par dessus la rambarde. Les passages
qui conduisent à la rivière sont des cloaques dans lesquels flottent des détritus. Au coin des rues
gisent des tas d'ordures. Mais c'est quoi ce bled ?






On opte pour l'hôtel le plus chic de la ville, le seul qui offre de larges fenêtres sur une vue plaisante. Il promet la wifi, qui ne marche pas. Le personnel est aux petits soins avec nous. On va passer là 4 jours reposants et entreprendre deux excursions passionnantes.

Une journée en direction de Hpa An, avec des moyens de transport de fortune, (taxi collectif,
tuktuk, mobylette, jusqu'à debout dans un bus antédiluvien) . On admire la campagne, les maisons
en feuilles (!), le patient travail de labour avec les buffles, un cortège de collines karstiques, une
pagode érigée sur un rocher en forme d'entonnoir, et une rangée de bonzes pour annoncer l'entrée
d'une grotte. Le touriste se fait rare.







Une escapade (2 h de traversée sur un vieux ferry tout rouillé) pour l'ile de Bilu Gyun et là c'est un
enchantement ! Nous flânons dans le village de pêcheurs qui s'étend autour de l'embarcadère en
compagnie d'une nuée d'enfants. Ici le temps s'est arrêté. Les gens sont tellement heureux de nous
voir qu'ils nous remercient d'être là. On prend un thé dans un 'bar', ils refusent qu'on le paye ! Ah
oui vraiment, on serait bien restés plus longtemps. L'ile fait 30 km de long, on aurait pu pousser un
peu plus loin.









Retour sur Rangoon

On se prépare psychologiquement à tenir 11 h dans le bus, mais le voyage ne dure finalement que 8
h. Le prix du billet est tout à fait correct, et le bus spacieux et confortable.
A Rangoon, la chaleur nous étouffe. Ayant fait tout le chemin jusqu'à l'Alliance française, on trouve
porte close. C'est les vacances.

On apprécie de trouver un quartier animé dans le voisinage de l'hôtel, on s'y promène, on y trouve
des cuber-cafés, on y a élu notre restaurant préféré.


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