mardi 5 avril 2011

Le Cambodge de la frontière laotienne à Kompong Thom


 


Le Cambodge

du 17 avril au 26 mars 2011

Etant donné le retard accumulé à ce jour, je vais seulement évoquer les temps forts de notre voyage
au Cambodge. On a dessiné un grand Z sur la carte, partant du grand nord (la région du Ratanakiri),
descendant le long du Mékong, jusqu'à l'extrémité sud du grand lac Tonle Sap (Kompong Cham en
passant par Kratie), puis longeant la rive nord du lac jusqu'à Siem Reap (les temples d'Angkor), contournant le lac pour rejoindre Sisophon (le point le plus proche de la frontière thaïlandaise que nous ayons atteint), puis
redescendant le long de la rive sud du lac jusqu'à Phnom Penh. Le plus étonnant, c'est que nous
n'avons pour ainsi dire pas vu le lac durant ce voyage.







Je vais quand même commencer par faire un rapide inventaire des quelques différences qui nous ont
sauté aux yeux juste après avoir franchi la frontière du Laos et du Cambodge.

Il fait beaucoup plus chaud ! Et la chaleur s'obstine jusque tard dans la nuit.

Les sarongs ont pratiquement disparu, les tenues pyjamas sont légion. Les kramas, foulards à
carreaux cambodgiens ne sont plus aussi répandus qu'avant, ils sont très largement remplacés par
des casquettes à rebord allongé sur le devant et muni d'une bande de tissu protecteur sur le cou,
mais elles sont elles aussi à petits, moyens ou grands carreaux, portées indistinctement par les
hommes ou les femmes.





A 4 sur une moto, la dame du fond en pyjama, l'avant dernier porte un krama


'What's your name ? Where do come from ? Do you want a tuktuk ?' Les 'Sabadie !' ne sonnent plus
à tout bout de champ à nos oreilles, dorénavant on nous salue plus banalement d'un 'Hello!'
tonitruant. En comparaison avec la langue laotienne, douce et chantante, la langue cambodgienne
est très martelée, percutante, saccadée.

L'indolence des laotiens est remplacée par un dynamisme plus marqué, qui peut aller jusqu'au
harcèlement obtus et insistant auprès des touristes. D'autre part, les mobylettes roulent plus vite.

Les autels élevés dans l'angle de beaucoup de maison sont ici plus pimpants, soignés et peints de
couleurs vives.

On voit fleurir un peu partout des 'maisons du parti du peuple cambodgien'. Ce sont souvent d'assez
belles maisons qui attestent d'une certaine aisance, et ce jusque dans le moindre village, aussi
démuni semble-t-il. Très rarement peut-on lire un panneau annonçant un autre parti, celui 'des droits
de l'homme', par exemple.

La campagne est hérissée de palmiers, des palmiers qu'on avait encore jamais vus jusqu'à présent, et
surtout d'une multitude de palmiers à sucre, à la silhouette si reconnaissable. A la vue des temples
d'Angkor et de leurs tours si particulières, je me suis demandée s'il n'y avait pas un rapprochement à
faire avec la découpage de la cime des palmiers à sucre dans le ciel.




Au Laos, très peu d'animaux de trait sont mis à contribution. Par contre ici il nous est donné de voir
de magnifiques chars à boeufs, à moins que ce ne soient plutôt des zébus, hauts sur pattes, blancs,
bossus et majestueux.




Ont disparu des présentoirs les boissons chinoises et toute leur gamme de thés au profit des canettes
locales telles que soja, lychees, melon.... Beaucoup moins savoureuses !

Font leur entrée en scène le long des routes, mais en nombre encore restreint, de grands panneaux
publicitaires.

Ce qui nous fait hérisser le poil sur la peau et soulève un malaise insistant et pénible, c'est la
fréquence des couples qu'on est amené à croiser, composé d'un vieux laid bedonnant et libidineux
accompagné d'une toute jeune cambodgienne aux petits soins avec son client. Nous croyons
comprendre qu'il existe des agences qui procurent aux célibataires en mal de compagnie et en quête
de sensations lubriques un compagnon de voyage attentif et soumis.


Le Ratanakiri (au nord ouest du Cambodge)

Le Ratanakiri ne nous emballe pas vraiment. On y rencontre la torride chaleur qui va être notre lot
dorénavant au Cambodge, une chaleur étouffante qui freine l'ardeur de notre curiosité. Pour nous y
rendre, nous roulons pendant des heures sur des routes poussiéreuses, cabossées et inconfortables.
La campagne est désolée, jaune car brulée par la sécheresse et noire et carbonisée car brulée par la
main de l'homme. Les chutes d'eau et le lac volcanique de Yeak Laom, dont les dépliants et les
guides nous vantent les mérites et la beauté, ne parviennent pas à égailler cette nature ingrate. Par
endroit, des effluves de bois de santal parviennent à nos narines, ailleurs c'est l'odeur acre de la pâte
de poisson fermenté.





Le Ratanakiri, fief de peuples de la forêt dont Pol Pot s'est inspiré


De son coté, la ville de Banlung n'offre pas un spectacle inoubliable. A l'instar de plus d'un, le
marché dégage une impression misérable, planté sur un sol accidenté, jonché de gravas et de
détritus, accumulant des couches d'ordures jamais évacuées. Je me demande bien comment toutes
ces femmes qui travaillent ici jour après jour supportent un environnement si navrant, l'odeur de
putréfaction et le vol incessant des mouches. A la saison des moussons, ce doit être un véritable
cauchemar !


comme on n'a pas de photo du marché, on a mis un éléphant


On se rend à Chlong, village à distance de mobylette de Kratie, ville assoupie sur le Mékong. Le
paysage est plus verdoyant que celui le long de la route empruntée par le bus pour parvenir jusque
là. C'est la saison des foins et de la récolte du maïs. Les scènes rurales ravissent l'oeil. On assiste,
médusés, au débarquement de chars à boeufs venus de l'ile en face. Le chemin est très abrupte, les
chars manquent à verser, les boeufs s'affolent, les hommes nous montrent toute leur adresse à
renverser la situation.







On aurait pu croire que la route continuerait à se présenter belle et goudronnée, il n'en n'est rien, la piste prend la relève avec son inconfort habituel. Des travaux sont  en cours, d'un côté ils sont en train d'installer l'électricité dans les villages, de l'autre coté, ils ont déversé des tas de gravillons qui se répandent sur la chaussée, rendant la conduite périlleuse quand on croise des véhicules. Pour corser le tout, chaque véhicule qui passe soulève des nuées de poussière au point qu'on y voit goutte. J'ai vraiment eu la frousse !

Chaque maison possède son tas de foin aux couleurs mordorées, sa charrette en bois, ses paisibles
zébus et leur mangeoire, et à l'entrée de beaucoup d'entre elles se tient ce qu'on a d'abord pris pour
un épouvantail, mais qui est peut-être un esprit ou un gardien des lieux. Les habitants sont des
chams, venus du Vietnam. Ils sont musulmans et de nombreuses mosquées dressent leur minaret au
dessus des rizières.






Je n'y tiens plus, il fait trop chaud, le Mékong est là qui invite à la baignade. Je me jette à l'eau,
comme les gens d'ici, toute habillée, sans chercher à résoudre la question de savoir s'il est
raisonnable ou pas de se baigner dans les eaux du Mékong.




Notre lente progression vers Siem Reap et les temples d'Angkor nous a donné l'occasion de visiter à
Kompong Cham, le temple 'Vat Nokor' (XIe) et près de Kompong Thom, le temple 'Sambor Prei
Kuk (pré-angkorien, tout comme le Wat Phu de Champassak au Laos) et le 'Prasat Kuha Nokor'
(XIe).





Le 'Vat Nokor' fait grande impression. A l'entrée, veillent deux immenses banians sacrés et deux
gardes imposants. En son sein s'est incrusté un temple récent dont les ouvertures découpent les
murs de latérites noires en autant de tableaux. Certaines sculptures sont ainsi mises en valeur. C'est
la première fois qu'on voit des apsaras, nichées dans chacune des encoignures, ces danseuses
célestes au sourire ensorceleur, à la pose lascive et aux seins nus.










Pour nous rendre 'Prasat Kua Nokor' à une trentaine de kilomètres de Kompong Cham, il nous a
fallu dégoter un taxi collectif, parlementer pour expliquer notre destination, attendre qu'il soit plein
selon les normes des cambodgiens (25 personnes esquichées et un monceau de bagages sans oublier
quelques mobylettes dans un minibus prévu pour 12), rester inconfortablement assis plus d'une
heure durant sur une seule fesse. On finit par réaliser que le chauffeur nous conduit jusqu'à la porte
du temple, à 2 km de la route principale. On s'étonne de voir tout le monde descendre du taxi avec
nous et entreprendre la visite !!!! On finit par comprendre qu'il y a un malentendu, qu'ils croient que
l'on se rend à Phnom Penh et que tous les passagers s'apprêtent à attendre la fin de notre visite. Le
lieu est sombre et sévère, la pierre de latérite d'un noir profond. La 'bibliothèque', bâtiment qui est
plus destiné à servir de sanctuaire qu'à y entreposer des livres, est encore sur pied et nargue l'espace
temps.




Sur la droite, la "bibliothèque"


A Kompong Cham, on fait la connaissance d'un couple de français à la retraite, avec qui nous
sympathisons. Nous allons cheminer un moment ensemble et nous nous retrouverons aussi à Siem
Reap. Michèle et Guy habitent dans les environs de Rennes. Ils voyagent 2 mois par an depuis de
nombreuses années. Ils ont parcouru la planète dans tous les sens. Ils sont des adeptes passionnés de
la caravane, et à défaut du camping. Ils témoignent d'une forme éblouissante, malgré les infarctus à
répétition que Guy a essuyé dernièrement. Faisant fi des risques encourus, ils ont repris la route
après une interruption qu'ils ont jugée suffisante. Nous visitons ensemble le site de 'Sambor Pre
Kuk', constitué de trois temples dissimulés dans une forêt dont les arbres, aux essences très variées,
élancent leurs branches jusqu'au ciel. L'outrage du temps et la violence des bombes américaines ont
fait leur sale besogne. Les murs tiennent à peine debout. Des enfants nous escortent, essayant dans
un premier temps de nous vendre leurs bibelots, puis nous guidant à bon port à travers un dédale de
chemins. Au contact des touristes et de leurs guides, ils ont appris des rudiments d'anglais, de
français, d'italien....




C'est Durga

Harahari, moitié shiva et moitié Vishnu


On repousse notre départ d'un jour pour pouvoir visiter de la Chuck Company, l'usine de
caoutchouc. Manque de bol, l'usine est exceptionnellement fermée pendant 15 jours, en raison de la
chaleur excessive, ce qui ne se produit qu'une fois par an. Le chauffeur de tuktuk fait une halte dans
un champ d'hévéas, puis nous introduit dans l'usine et nous raconte ce que nous aurions pu voir.
Ce sont les français qui ont introduit l'hévéa dans les années 1920. Il commence à être productif à
l'age de 5 ans et demi (les cambodgiens ont gagné un an sur les français). Le latex est recueilli un
jour sur 3 tout au long de l'année, en soirée lors de la saison chaude ce qui oblige les employés à
dormir sur place. Il faut compter 15 récolteurs pour 10 hectares, ceux-ci sont relativement bien
payés (30 à 40 $ par semaine selon le rendement). Les arbres sont greffés pour éviter les maladies et
sont exploités jusqu'à l'age de 60 ans. Le tronc sert ensuite à construire des meubles, et les racines
de bois de chauffage.



A l'arrivée du latex dans des camions citernes, il est séparé en qualité inférieure (et sera traité à
part), moyenne ou supérieure. Il est d'abord mélangé à de l'alcool et à de l'acide, puis mis à reposer
plusieurs heures. A ce stade il dégage une odeur particulièrement nauséabonde. Il est ensuite pressé
pour en extraire de fines lamelles, puis stérilisé à la vapeur. A cet endroit de l'usine se répand alors
une odeur de bon pain chaud. L'usine produit une tonne toutes les 5 minutes qui est emballée et
exportée vers d'autres pays d'Asie. C'est le gouvernement qui actuellement refuse que le Cambodge
s'engage dans une industrie de transformation.


Les camions amenant le latex

Le bac où sont mélangés latex avec la solution alcool acide

Les bacs de décantation où ça pue


Et pour le prochain épisode, la visite des temples d'Angkor !

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