douloureuse et la souffrance incommensurable qu'a vécue le peuple khmer.
| La prison de Kampot |
A travers des livres : 'Le portail' de François Bizot et 'Cambodge, année zéro ' de François Ponchaud, d'après ce que nous ont relaté quelques cambodgiens au gré des rencontres qui mentionnent à demi mot la dévastation perpétrée par les Khmers rouges, à l'approche de lieux de tueries qui aiguisent la mémoire, pendant notre séjour à Phnom Penh tout particulièrement, on tente vainement de saisir l'horreur qui a ravagé
le pays si récemment encore. Le peuple khmer a n'a pas seulement eu à subir l'outrage d'un
protectorat français peu soucieux de lui (de 1863 à 1953), il n'a pas seulement eu à endurer une
guerre fratricide pendant 10 ans (1960 - 1970), il n'a pas seulement eu à combattre les Vietnamiens,
ses ennemis aux dents longues et de longue date, il n'a pas eu seulement à subir les bombardements
américains intensifs censés anéantir les Vietcongs, il a eu, par dessus tout, à vivre un enfer qui a
duré 3 ans, 8 mois et quelques jours (du 17 avril 1975 à janvier 1979) forgé par Pol Pot et sa 'clique'
Quand ils envahissent Phnom Penh et prennent le pouvoir, la grande déferlante est en marche. En
quelques jours, ils vident la ville, une ville qui compte 600 000 habitants, les dispersent dans les
campagnes, massacrent ceux qui ne peuvent pas suivre le mouvement (les vieux, les enfants, les
malades....) et ceux qui résistent. Ils détruisent chaque signe qui rappelle la civilisation occidentale
et tous ceux qui ont eu partie liée avec elle : les intellectuels, les cadres, les fonctionnaires, les
gradés, les militaires, les médecins, les professeurs..... Leur rage meurtrière les pousse à tuer les
coupables, les présumés coupables et tous les membres de leur famille dans la foulée. 2 millions de
morts. Ils videront de même toutes les autres villes du Cambodge, aboliront l'argent afin d'instituer
l'échange par le troc, anéantiront toutes les institutions quelles qu'elles soient, culturelles ou
hospitalières, démantèleront tous les moyens de transmission, la poste, le téléphone, le chemin de
fer, brûleront tous les livres, interdiront la circulation de l'information, pour mettre en place un
système totalitaire, de propagande, de délation et de terreur, qu'ils auront soin d'approvisionner
A Phnom Penh, on se rend au centre de documentation Bophana créé par le cinéaste Rithy Panh, auteur du magnifique film 'S21, la machine de mort khmère rouge', on visionne des documentaires, on
met des images sur ce qu'on a lu, on voit Pol Pot en chair et en os, dont le sourire est sympathique,
le verbe tranquille, le ton affable et la physionomie bon enfant. On suit une caméra qui traverse la
ville fantôme. En 1979, les vietnamiens envahissent le Cambodge et mettent fin au supplice. Mais
ce n'est pas terminé, durant les 2 années qui suivent, la famine s'abat sur le Cambodge et décime le
peuple.
Les Khmers rouges ne sont pas encore anéantis. Ils sont même conviés à assumer des fonctions au
sein du gouvernement. Il faut attendre plus de 15 ans pour qu'ils soient déclarés hors la loi. Ils
prennent alors le maquis dans le nord ouest du pays, continuent de semer la terreur et la mort en
commettant des actes de guérilla et ne déclareront forfait qu'en 1993.
En trente ans de déchirements, ce sont 3 millions de morts sur près de 8 millions de cambodgiens
Le voyage se poursuit en faisant étapes dans de petites villes en chemin vers Phnom Penh, peu
fréquentées par les touristes et n'ayant que modestement développé leur sites remarquables.
Sisophon nous permet de rallier Poïpet à la frontière thaïlandaise pour renouveler notre visa. Notre
tentative pour voir des oiseaux magnifiques qui peuplent un lac situé à 30 km, dont la grue antigone
à tête rouge qui figure sur les bas-reliefs d'Angkor, s'est soldé par un échec. Nous roulons pendant
des kilomètres sur des routes impraticables, dardées de soubresauts, pour rejoindre le lac sur lequel
nous ne pouvons observer qu'une poignée de hérons quelconques. Pour finir, on veut nous faire
payer 40 € pour contempler le lac et nous adjoindre un guide non anglophone. Nous tournons le dos
Un remarque s'impose, ici au Cambodge, comme d'ailleurs au Laos, on ne peut que constater
l'absence de faune ostensible dans cette nature exubérante et ces régions bardées de lacs et
ruisselantes de cours d'eau. Même les papillons se cachent ! Quant aux oiseaux aquatiques, on se
A Battambang, nous battons la campagne, soit en tuktuk, soit en mobylette. Les temples succèdent
aux temples, les villages de cultivateurs aux villages de pêcheurs, les saluts de bienvenue aux saluts
aimables. Les maisons sur pilotis aux teintes bleutées, les basses-cours, le quadrillage des champs,
Sur le Tonlé Sap, qui se rétrécit à Kompong Chhnang à la taille d'un fleuve, les berges offrent un
spectacle animé : déchargement harassant des cargaisons, embarquement mouvementé des ferries,
valse des pirogues qui relient les villages lacustres au port. En une enjambée, on se rend à Ondong
Rossey, un paisible village de potiers.
Sihanoukville, Kampot sur la rivière Prek Kampong et Kep ont bien voulu nous livrer quelques uns
de leurs charmes : de belles plages, une campagne avenante, une grotte à flanc de colline, un zoo,
une école de musique traditionnelle, la dégustation de crabes au très fameux poivre de Kampot dans
des gargottes au bord de l'eau.... Le temps est à la flânerie, nous musardons avant le retour à Phnom
C'est la fin de notre voyage. Nous avons réalisé notre voeu du départ qui était de réaliser un voyage
en douceur dans l'Asie du sud-est. Tout en suivant paisiblement notre route, on apprend la série
impressionnante de catastrophes qui s'abattent sur le monde : un premier tremblement de terre dans
la sud du Yunnan, très près de Manshie où nous nous étions passés fin novembre, très rapidement
passé sous silence par l'ampleur de celui qui secoue le Japon, qui génère le tsunami et la menace de
catastrophe nucléaire. Tout récemment c'est à la lisière de la Birmanie, du Laos et de la Thaïlande
Dans les pays arabes, gronde la révolte, rugissent les canons, se répand la répression aveugle,
Ces derniers jours, nous lisons un livre découvert par hasard sur les étagères d'une librairie
d'occasions, dont nous vous conseillons vivement la lecture, qui jette un froid sur la candeur (ou
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