On débarque en taxi chez Elvis. Il habite un quartier très excentré, mais calme et reposant en
comparaison de Guiyang, une ville de presque 5 millions d'habitants, peu attractive, sale, bruyante
et éternellement embouteillée. Mais quel personnage cet Elvis ! Il est ghanéen, vit en Chine depuis
2 ans, parle un chinois maté d'anglais avec un accent exotique. Il est professeur d'anglais dans une
école maternelle, a la bosse du business, fait son MBA (master de management) par internet, pense
rester là le temps de finir ses études et de créer des liens pour le commerce qu'il envisage
d'entreprendre avec la Chine par la suite. Au Ghana, il s'est fait construire une magnifique maison
avec piscine et il possède un magasin que son frère tient pour lui. Il compte y retourner d'ici
quelques années, car il sera alors temps pour lui de penser au mariage. En attendant il vit ici ce qui
lui permet d'échapper à la crise. Il gagne bien sa vie car il a des prétentions et il sait négocier pour
les obtenir. On a vu à l'oeuvre pour marchander, c'est un as. Il a une opinion assez nuancée sur les
chinois, leur reproche leur racisme, et sait très bien se faire respecter. Il est très apprécié en tant que
professeur (il a de qui tenir, il est le petit fils de James Aggrey, humaniste et pédagogue réputé), ce
qui lui permet d'obtenir une situation tout à fait honorable.
Il va falloir que je survole ce tronçon du voyage, car j'ai bien du retard, nous avons déjà quitté
Lijiang que j'en suis encore à raconter Guiyang. Mais il faut au moins mentionner que nous avons
parcouru des contrées que seul le guide bleu indique. Nous n'avons plus de précisions pratiques (ni
carte, ni conseils pour un hôtel ou un lieu où se restaurer) et plus personne ne parle un mot
d'anglais.
Nous laissons nos gros sacs en dépôt chez Elvis et nous débarquons à Huishui, à 50 km au
sud de Guiyang.
| la vue depuis l'hôtel |
| un marché sur la route | |
Nous parvenons néanmoins à négocier un taxi pour la journée et à pousser jusqu'à
Baizchang, tout petit village des 'miaos à coquillage de mer', au fin fonds de nulle part. La vie là
paraît rudimentaire, dépourvue du moindre confort. Certaines des maisons sont bâties à la hâte de
planches disjointes. Cependant l'accueil est bienveillant, on nous invite facilement dans les maisons.
On y retrouve même la jeune fille photographiée dans le guide. On ne verra pas les costumes portés
lors des célébrations, mais les femmes arborent une coiffure de cheveux tressés qu'elles se
transmettent de mère en fille depuis des générations.
Le lendemain on pense pouvoir nous rendre facilement en bus au village de Jiading et à la ville
fortifiée de la période ming de Qingyanzhen. Ce n'est pas un sinécure. Peut-être Jiading est-il animé
et attire-t-il tous les miaos du Gaopo (dont la coiffure imite l'allure du coq) les jours de marché,
mais les autres jours, il se distingue par un air de grande désolation. On n'y trouve pas même
l'ombre d'une gargote, et seule une piteuse échoppe nous permet de nous approvisionner en paquets
de vielles chips. En guise de boisson, le vieux monsieur verse de l'eau chaude de son thermos dans
notre bouteille vide. Qu'à cela ne tienne, je me fais une petite copine espiègle et je fouine un peu
partout, ravie d'essayer de traduire en photo ce que je ressens.
| ma copine |
Notre virée au nord de Guiyang pour nous rendre à Shuitouzhai, où vivent les Buyis, est encore plus
rocambolesque. Si la veille pour faire 35 km, ça nous a pris 2h30, là pour parcourir 45 km, il nous a
fallu 2 taxis, 4 bus (debout, assis sur le moteur, accroupis sur des tabourets minuscules) et 5h30 !
Un hôtel de charme sur la rivière, tout en bois, au milieu des bambous, nous promettait le guide....
Bof ! On finit pas trouver une chambre chez l'habitant. On a vu les costumes traditionnels que
portent les buyis sur l'affiche qui présente les membres du comité local. Mais la vie qui s'organise
sur le méandre de la rivière, la rentrée des canards au crépuscule, l'accueil que nous réservent les
trois gardiennes du temple bouddhiste, vétuste et décrépi, du village voisin, la beauté de certaines
demeures égayées par les belles grappes jaunes du mais qui sèche... tout ça ne manque pas de nous
charmer. Partout nous sommes invités à nous asseoir, à boire et à manger. Des jeunes filles nous
font signe de nous approcher et nous passons un bon moment ensemble à baragouiner l'anglais en
feuilletant leur livre d'école. Nous croisons une femme qui rentre des champs, son enfant sur le dos.
Il tient fièrement à la main une brochette de grosses sauterelles vertes empalées vivantes...
(photos une prochaine fois)
Le troisième jour, il pleut des cordes. Farniente ! La pluie s'arrête pour nous laisser repartir pour
Guiyang. Le bus nous dépose on ne sait où, mais en tout cas pas à un arrêt de bus. On reconnaît sur
un bus le mot 'gare', on saute dedans !
On remonte les 8 étages de l'immeuble où habite Elvis et il nous propose de partager sa soupe
ghanéenne avec lui, plus épicée qu'il ne croit. On parle sport, il nous montre tout son attirail. Il a la
main si grande qu'elle enserre un ballon de basket !
On prend l'avion pour Kunming (1h de vol).
C'est à partir d'ici qu'il me faut reprendre le fil de l'histoire, ce qui avait été écrit s'est effacé comme
par enchantement !
Nous sommes hébergés chez Mavis, dans son charmant appartement au 21é étage d'un immeuble
moderne, fort bien équipé et même pourvu d'une machine à laver le linge qui fonctionne toute
seule ! Y règnent également 2 magnifiques chats blancs. Elle ne semble pas beaucoup travailler,
seulement 3 jours sur 7 et vivre dans une certaine opulence. Malgré son apparente nonchalance, elle
a parcouru l'été dernier 2000 km à pied en l'espace de 2 mois de Chengdu à Lhassa,, portant 15 kg
sur le dos.
Une petite remarque en passant : les chinois acceptent sans paraître y prêter attention une agression
sonore et visuelle de tous les instants : au pied de l'immeuble, dans la cage des 4 ascenseurs, on ne
compte pas moins de 9 écrans bombardant films et annonces publicitaires en continu. Dans le bus,
c'est le même mitraillage. Dans les rues, des magasins installent des hauts parleurs de fortune qui
répètent inlassablement le même slogan. On a même vu un camion poubelle émettre une
chansonnette en boucle. Les vendeurs ambulants sont pourvus de disques enregistrés..... Moi, je
craque ! Les passants ne sont jamais respectés : au passage clouté, même la voiture de police force
le passage, à grand renfort de klaxon, sur les trottoirs, les mobylettes électriques et les vélos nous
bousculent de leur carillon vrillant, pour nous obliger à leur céder le passage. S'y rajoutent les bruits
assaillants des travaux dont toute la ville est encombrée, les avertisseurs parfois très agressifs dont
sont pourvus les bus ou les camions, … etc, la coupe est pleine, et je craque encore ! La publicité
est omniprésente, vindicative, pénétrante, bien peu sensible à l'intimité de chacun. Jusqu'à quand les
chinois vont-ils accepter sa main mise sur leur univers ?
A Kunming on va essentiellement passer du temps à chercher l'ambassade et quêter auprès
d'agences de voyages fantômes ou patibulaires des renseignements pour passer la frontière vers la
Birmanie par la route. Apprenant qu'il faut 7 jours pour obtenir un visa, on va complètement
bousculer nos plans, et profiter de ce laps de temps pour faire la boucle par Lijiang, Jiangchang
et Dali. Le premier soir, on le passe en compagnie de Mavis et de Steve Kiwi, un autre couchsurfer
néozélandais, motard, baroudeur et exhubérant. Le deuxième soir, c'est en bande que nous sortons,
avec d'autres hôtes accompagnés de leurs invités : deux françaises (dont l'une de Montpellier en
stage durant ses études d'économie), une suédoise (en résidence d'artiste), une hongroise (qui
entame un voyage à vélo).
Un parc, un temple, le marché aux fleurs et nous voilà de nouveau sur les routes pour Lijiang. Nous
étrennons le train de nuit, couchette dure ! Aïe, c'est sévère. Une des deux jeunes filles dans le
compartiment acceptent d'échanger la couchette du haut avec celle du bas. Ouf !
Arrivée au petit matin, le soleil n'est pas encore levé, mais la pluie tombe à verse. On trouve refuge
dans ce qui tient lieu de salon d'accueil, et on se réchauffe d'une boisson chaude. Yang nous a donné
comme seule indication de sauter dans le bus 13 et d'aller jusqu'au terminus. Mais le bus fait une
boucle et bien sure on a raté l'arrêt. Quand on parvient à destination, à bonne distance de Lijiang, le
cadre est enchanteur, la maison ravissante, la décoration soignée, une tub en bois règne dans la salle
de bain, mais le froid sévit. On découvre alors, les vertus des matelas chauffants.
Vu le trajet effectué pour arriver jusqu'à là, on a l'impression d'être au bout d'un no mans land, mais
Yang nous conseille une balade dans le coin avant de rallier Lijiang. On découvre avec stupéfaction
qu'on est dans un codicille de Lijiang, tout aussi corrompu par le tourisme : une brochette
ininterrompue de restaurants, de bars, de boutiques de mode, qui rivalisent dans la fioriture
ornementale avec un penchant pour le kitch exotique. Pas vilain dans l'ensemble, mais l'authenticité
en prend pour son grade. Et les costumes traditionnelles semblent des costumes de théâtre.
Chez Yang et Amin, on va progressivement se sentir un peu mal à l'aise. On est nourri, logé au frais
de la princesse. C'est une auberge et ils réservent des chambres, quand il en reste de libre, aux
couchsurfers. Donc cohabitent hôtes payants et ceux hébergés au titre de l'hospitalité. Mais on est
traité comme des coqs en pâte. Pas question de donner un coup de main ou de contribuer de quelque
façon qu'il soit. Il flotte comme une gène ! Au 3è jour, on opte pour un hôtel à Lijiang.
On essaye de dénicher la partie encore indemne de Shuhe. On monte jusqu'au temple niché dans la
colline, on traverse quelques maisons encore préservées, on caracole dans la montagne, mais une
terre rouge et boueuse qui colle aux chaussures, a raison de notre témérité.
merci pour ce beau récit. Les filles du B impriment régulièrement vos photos et les afficent en salle de repos. ON pense bien à vous. Ici tout va bien. Moi je suis restée coincée pour Noel pendant 30 heures dans un train avec 600 passagers, ç'était moins bucolique mais ça a fait la une des journaux et des blogs ont meme étaient crées. Continuez à bien profiter et bonne année.
RépondreSupprimerAmandine Schott
Hello, nous n'avons eu accès à vos gentils messages que tout dernièrement, merci pour vos vœux. On est maintenant à Vang Vieng, à 160 km au nord de Vientiane (Laos). Village de babas au pays, fut un temps, des effluves du pavot ! On crapahute dans la forêt tropicale, c'est trop...
RépondreSupprimerOn a su que la neige avait fait des siennes en Europe, le climat se détraque. Ici on a l'impression que le temps s'est arrêté. Alain embrasse tout le monde !