samedi 22 janvier 2011

Bagan

Bagan
Une bonne nuit nous remet de nos émotions. Dès l'aube, on descend l'Irrawaddy en bateau, jusqu'à
Bagan. Je ne cesserai de me désoler qu'on ait opté pour le bateau rapide, car c'est en définitive
surtout un bateau que seuls les touristes empruntent !!! A l'agence, ils nous avaient dit que le bateau
lent mettait 12 h pour faire le trajet alors que le rapide seulement 7 ! En fait il en mettra 10.




Alors si on avait su, c'est sur, on aurait choisit l'autre. Le spectacle des touristes est désolant. Munis de leur appareils photos phalliques, ils mitraillent à tout va, l'oeil du chasseur aux aguets, prêts à bondir, à
saisir tout ce qui bouge, à s'approprier les choses avant même de les avoir seulement regardées,
avec le rictus de conquérant. Les conversations sont affligeantes ! Une femme s'insurge auprès d'un
birman, en défenseur passionné des droits des animaux, du sort réservé aux pauvres bêtes dans ce
pays. Elle remuera ciel et terre pour leur venir en aide depuis chez elle ! Elle promets de faire des
merveilles. On nous assurait une vision du site inoubliable à l'arrivée, même ça, c'est décevant. On
ne voit que quelques pagodes sur la rive.





C'est une carriole à cheval qui vient nous chercher pour nous amener à l'hôtel, plus jamais ça !
Outre les secousses et les saccades habituelles, elle imprime à l'habitacle un mouvement circulaire
car les roues doivent être voilées, qui est du plus mauvais effet sur mon dos. Nous visiterons donc le
site de Bagan à pied. On découvre l'existence des bus locaux, qui nous déposent à proximité des
lieux que nous voulons prospecter, puis nous déambulons parmi cette multitude de pagodes, de
temples, de stûpas à la vitesse de la marche à pied, totalement médusés. Chacun d'eux se dévoile à
nous progressivement, jouant des perspectives et des lumières, se démasquant derrière un bosquet,
servi par la présence d'un arbre ou d'un palmier ou d'un cactus géant. Apparemment peu de gens
choisissent ce moyen de locomotion, car les regards qu'on nous jette, sont surpris et enchantés. Je ne
vais pas énumérer les temples un à un, seulement dire que certains recèlent des fresques parfois
encore bien conservées. Nous faisons un petit tour au musée, le hall d'entrée livre au regard de
belles statues des rois fondateurs de Bagan : Anawratha (1044-1077) et Kyan Sittha (1084-1112).
La dynastie des rois de Bagan en a compté 13, entre le XIe et le XIIIe siècle, jusqu'au moment où
elle a été balayée par l'invasion des mongols, avec Kubilaï Khan.




A la pagode Shwezigon, on fait une rencontre fortuite avec un monsieur belge, PDG de son état,
père d'un bonze qui vit à Rangoon, qui a dévolu sa vie à Bouddha dès l'age de 12 ans et qui vient de
finir ses études de médecine. Sa femme et lui viennent régulièrement en Birmanie et voyagent 3
mois par an dans l'Asie du sud-est. Comme quoi on peut diriger un grand groupe et avoir du temps !
Il nous fait part de sa haine pour Sarkozy, moi je lui confie l'opinion qui est en train de germer dans
mon esprit à la vue de la désolation de ce pays : l'impuissance de la non violence face à une
dictature qui perdure depuis 50 ans, qui n'a pas évité le versement du sang, les tortures,
l'emprisonnement arbitraire et inqualifiable des opposants, l'oppression et la mise à sac des
richesses du pays. En un mot, c'est un échec ! Et le belge nous explique comment du jour au
lendemain, la junte a ruiné la classe moyenne en frappant de nouveaux billets de banque, ce qui par
un tour de passe passe, a réduit leurs avoirs à néant.

Cette pagode, la plus ancienne de Bagan, construite par Anawratha, converti au bouddhisme par le moine Arahan, est un haut lieu de pèlerinage. Il a tenu a faire cohabiter les croyances traditionnelles birmanes avec le culte de Bouddha. Elle a été édifiée là où s'est arrêté l'éléphant qui rapportait de Ceylan la relique d'une dent de Bouddha.





Gaillardement on se rend au village de Taung Be, un peu à l'écart, pour voir le monastère de Nat
Tang. On est accueilli par une bande d'enfants souriants qui se font un plaisir de nous montrer le
chemin. On bavarde gentiment, on blague, on rigole, on chante.





Au portail de la ville ancienne, se tiennent les statues de U Tind (Monsieur Beau) et de sa soeur
Shwe Myet Na (Visage Doré), les nats les plus vénérés des birmans après Thagya Min, leur roi,
dont voici la légende : lui était un forgeron, et à chacun de ses coups de marteau, il faisait trembler
tout le royaume. Jaloux de sa force, le roi fomente le projet de le tuer. Averti à temps, Monsieur
Beau s'enfuit dans la forêt. Le roi épouse sa très jolie soeur. Puis il attire Monsieur Beau dans un
piège en lui faisant miroiter un poste de gouverneur . Il le capture et l'immole devant un arbre. Sa
soeur se jette dans le brasier et l'arbre, ayant hébergé les âmes des défunts, est jeté dans l'Irrawaddy.
A son passage devant Bagan, le roi, entendant l'appel des âmes, repêche le tronc et le fait sculpter à
l'effigie des deux nats qui reposent en haut du mont Popa, l'olympe de Birmanie.

Le temple le plus fameux est le temple Ananda, tout de blanc vêtu. A l'écoute des récits de moines
qui content les beautés aperçues dans l'Himalaya, ils évoquent le temple rupestre Nandamula avec
tant de conviction, que celui-ci apparaît au roi Kyan Sittha en vision. Il décide d'en faire construire
une réplique. Il a soin d'assassiner l'architecte aussitôt son oeuvre achevée.





Au sol, elle épouse la forme d'une croix grecque, et à chaque point cardinal se tient un bouddha debout, de 9,50 m de haut, en teck, dans la position du bouddha voyageur (seuls ceux du nord et du sud sont d'origine, qui présentent la particularité de sourire quand ils sont vus de loin, et d'adopter une figure grave dès lors qu'on s'approche d'eux). Deux déambulatoires s'imbriquent l'un dans l'autre, percés d'arches pour
laisser passer la lumière. Tout au long du promenoir, des niches abritent des scènes de la vie de
Bouddha. Des rangées de lions se tiennent aux faits des toits et à chaque coin de l'édifice.







Depuis quelques temps nous lisons la vie de Bouddha. Le livre est disponible sur internet et peut
être téléchargé gratuitement en cliquant sur le lien suivant :
http://www.dhammadana.org/book/vbpd.pdf

Ainsi avons-nous des clefs pour décrypter les scènes peintes dans les pagodes. Nous avons aussi
quelques rudiments sur la signification des différentes positions des mains des Bouddhas, les
mudras : le bhumisparsa (la prise de la terre à témoin), mudra la plus fréquente en Birmanie, le
dhyna (méditation), le vitarka et le dhamashakra (l'enseignement), le varada (le don, la charité),
l'abhaya, (apaisement des querelles)...

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