Moniwa
Va pour une escapade pour Moniwa, en dehors des sentiers battus nous promet le guide, pour y
visiter les grottes de Hpo Win Taung, dont les fresques pourraient valoir celles de Dunuang, rien
moins que ça. Bon ! Cela va prendre deux jours, un trajet en bus de 3h30, une traversée de la rivière
Chindwinn, un trajet de 45mn en taxi..., qu'à cela ne tienne, nous voilà partis. Vers ce qui va s'avérer
être un véritable guet-apens ! Quelle déconvenue, mais au final nous avons été ravis de voir les
fresques, même dans des conditions exécrables. Pour commencer, le trajet en bus est plaisant, on
longe l'Irrawaddy, on emprunte le seul pont qui le traverse à Sagaing et l'on parcourt la campagne.
L'hôtel que nous avions choisi est complet (!), il faut se rabattre sur un autre, excentré, vide et cher.
Le tuk-tuk demande 2000 k pour nous faire parvenir au débarcadère à 800 m de là. Il faut
rappeller qu'un tuk-tuk est une estafette tirée par une mobylette, à l'inconfort notoire. A partir de
maintenant, c'est décidé, on marchera à pied ! Pour la traversée, il faut payer 2500 k ! Mais c'est
juste là sur l'autre rive, à quelques centaines de mètres !! Quand le bateau lève l'ancre, on réalise qu'on est seul sur le bateau, les locaux sont sur un autre qui attend d'être plein. La moutarde me monte au nez ! Me viennent aux lèvres une bordée d'injures en français. Pas question au retour de subir cette marque de discrimination, aussi anodine qu'elle le paraisse ! Il faut ensuite discuter de pied ferme le prix du taxi, qui s'élève à 15 $, preuve écrite à l'appui. Passe d'arme, on réussit à faire descendre à 12 $ un prix soi disant fixé une fois pour toute, mais même 10 $ seraient trop cher payer.
L'excursion commence à laisser un goût amère dans la bouche. On traverse un paysage inhospitalier, le plus souvent couvert de buissons épineux. Qui peut bien vivre dans ces contrées, quels sont les animaux
sauvages qui les habitent ? A l'arrivée, il faut s'acquitter du billet d'entrée : 2 $ chacun. Et un jeune
homme nous propose ses services pour nous conduire de grottes en grottes. On voudrait décliner
qu'on ne le pourrait pas, impossible de deviner vers où se diriger. Prévoir encore 2 $ pour le guide.
Quel culot de faire payer l'entrée et de laisser le site dans un si déplorable état, jonché de détritus, de
gravats, de papiers gras et de crottes de singe !!! Il faut se déchausser, honneur à Bouddha ! Mais la
saleté du sol n'incite décidément pas à marcher pieds nus ! Je fais la grimace. Les premières grottes
sont très endommagées, les statues sont amochées, les niches délabrées, les fresques délavées. Aie,
qu'est-on venir faire dans cette galère ? Heureusement, plus on avance, plus la beauté des lieux
s'exhale.
Certaines des fresques sont très bien conservées et offrent des scènes des vies antérieures
de Bouddha (les jatakas, il y en a plus de 450 ! ça fait pas mal de générations, sachant que pour les
bouddhistes la durée de vie fluctue entre 10 ans et 100.000 ans), de la vie de cour et de la vie
quotidienne splendides. On distingue des nats, des banians, des éléphants, des chevaux
magnifiquement arnachés, des femmes oiseaux, des paons, des danseuses, des musiciens...
Certaines fresques sont en noir et blanc, d'autres en ocre, d'autres plus colorées encore.
Le jeune homme lâche quelques informations dans un anglais très approximatif et nous affirme que les fresques datent du XIe siècle, le guide les fait remonter au XIVe siècle. Va savoir ? Les grottes ont
été découvertes en 1914 par un français, elles ont sombré à nouveau dans l'oubli et ont refait surface
en 1990. Plus on avance, plus les bouddhas sont admirables. Les premiers montrent des signes de
souffrance et de dégradation. Certains sont sculptées à même le gré de la cave, d'autres ont été
sculptés par des artistes de Mandalay, nous dit le jeune homme, les plus beaux sont laqués et offrent
une belle patine sombre. Au milieu d'une des toutes dernières grottes, quatre superbes bouddhas
s'adossent au pilier central. On a l'impression d'être les témoins de splendeurs en voie d'extinction,
du moins en grand péril de disparition.
Le retour n'est pas piqué des vers. Du haut de notre condition de touriste légèrement émoustillé
d'avoir à pallier à l'extrême pauvreté de la population en remplissant les poches des plus nantis, on
refuse de payer le prix fort et de se retrouver relégué sur une barque à part. On monte sur le bateau
des locaux, en compagnie d'une poignée de moines, bien décidés à ne pas se faire déloger. Les
moines comprennent tout de suite de quoi il en retourne, et semblent prendre notre parti en souriant.
Mais ils profitent du fait qu'on ne parle pas la langue, pour nous faire faux bond. Ah les traitres, les
lâches ! Même pas capables d'un tout petit acte de résistance ! On s'apprête à tenir un seat in. Une
jeune femme et un monsieur nous témoignent leur soutien. Ils comprennent ce que nous tentons de
défendre. Plus aucun bateau ne peut partir. La situation s'enlise. On ne voudrait quand même pas
que cela affecte trop les passagers, alors on finit par obtempérer et on paye les 3000 K exigés
(remarquez qu'à l'aller c'étaient 2500 K !) et on monte sur le bateau des locaux. La jeune femme et
le monsieur nous redisent toute leur sympathie. Le monsieur reviendra même sur ses pas, inquiet
que nous ne trouvions pas notre chemin. Il fait nuit et nous rentrons à pied...
Et que dire du trajet en bus au retour ! Après un petit tour au marché pour qu'Alain s'achète des
sandales, on se dirige, confiants et ingénus, vers notre bus.
Sous une chaleur de plomb, des hommes s'activent fébrilement pour hisser des tonnes de ballots sur le toit. Oui mais voilà, nos places sont tout à l'arrière et sous nos sièges ils ont entreposés des caisses. Les sièges sont si rapprochés qu'on n'a pas la place pour les genoux, ni l'espace au sol, de poser nos pieds à plat. Mais en plus, les pieds étant surélevés, on a les genoux sous le menton. Serrés les uns sur les autres, pas question de bouger, ne fusse qu' un orteil !!! L'horreur ! J'en ai le souffle coupé et la larme à l'oeil. Comment font-ils les birmans pour accepter d'être traité comme ça, sans broncher ? Au bout d'un moment, Alain propose qu'on s'assoie sur nos sacs à dos. On y gagne quelques centimètres de confort.
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