dimanche 16 janvier 2011

Mandalay 2




A ce point du récit, quelques observations pour croquer les différences repérées d'un coté et de
l'autre de la frontière.

Partout en Birmanie, les toilettes sont, sans conteste, plus avenantes qu'en Chine. L'état déplorables
des sanitaires publics chinois n'est pas lié à l'unique question de l'impécuniosité de leurs
gestionnaires.

Ici la misère et les piteuses conditions de vie des birmans sont ostentatoires. Des enfants dénutris et
crasseux font la manche, des vieux tout miteux font les poubelles.

Il circule beaucoup plus de voitures qu'il y a une quinzaine d'années, mais infiniment moins qu'en
Chine. On ne voit pratiquement pas de portables, alors que tous les chinois en ont un qu'ils exhibent
et manipulent sans arrêt, comme un chapelet. En Chine, les magasins de portables pullulent, et
même dans les coins les plus retirés. On apprend finalement que c'est un monopole d'État.

Les voitures roulent à droite, mais équipées d'un volant à droite, lubie d'un dictateur qui administre
le pays en fonction de présages de mauvaise augure ! Dépasser un véhicule s'avère sportif. Dans les
bus, les acolytes du conducteur surveillent la route et le préviennent si la voie est libre. Tomo nous a
expliqué que pour avoir la jouissance d'un petit taxi, il faut d'abord économiser une somme de 100 $
en guise de dépôt, puis verser 3000 kyats par jour de location. Son taxi tout déglingué qu'il soit vaut
à l'achat la bagatelle de 20.000 $ (surtout à cause des taxes ponctionnées par l'état). Il a trois enfants
et vit en périphérie de Mandalay dans une maison en bambou, avec sa vieille maman aveugle. Mais
la vie aujourd'hui est plus facile pour lui que du temps où il était conducteur de trishaw. Pour
obtenir de l'essence à la pompe, il faut le plus souvent faire une journée de queue ! On a pu voir les
mobylettes et les voitures agglutinées en longues files sans fin par endroit. Sinon il faut s'en
procurer au marché noir et l'essence y coûte 1000 k de plus au gallon.

Les birmans s'adonnent plus facilement à la détente que les chinois. On les voit plus souvent se
délasser. Des estrades de repos jalonnent les rues. Les bars ont réapparu. Tout au long de la journée,
il leur est de coutumier de faire une pause. Quand on prend le bus, plus de crainte à avoir, le
conducteur s'arrête environ toutes les deux heures.

Partout on peut voir des jarres en terre munies d'un timbale pour s'abreuver. Quelqu'un les remplit
d'eau discrètement.

La nature est généreuse et offre à profusion son ombre et sa protection. Les arbres birmans sont des
princes.





Les pagodes fleurissent comme des pâquerettes dans les près et les moines parcourent les villes et
les campagnes, pieds nus, la tête rasée, vêtus de leur robe safran. Tous les matins, munis de leur bol
à aumône (bidons d'huile recyclés et laqués), ils font du porte à porte pour recueillir leur nourriture.
Toute personne se doit d'être moine une fois dans sa vie. Ceux qu'on a rencontré n'avait effectué
qu'un bref passage dans un monastère, de 7 jours tout au plus, car le régime draconien auquel les
moines sont contraints ne leur convenait pas. Il existe deux sortes de monastère, ceux qui diffusent
l'enseignement des textes bouddhiques et la langue sacrée (le pali), et ceux où l'on pratique la
méditation.



Les champs sont beaucoup moins bichonnés qu'en Chine, les parcelles sont plus grandes et les
cultures plus éparses.

On ne voit quasiment plus de palanques. Ici les charges sont portées soit à bout de bras, soit sur la
tête. Et autant les chinois ne semblent pas se servir d'animaux de bâts, autant ici ils sont mis à
contribution : nonchalants chars à boeufs blancs et brinqueballantes carrioles à cheval sillonnent
routes et chemins de terre.

Ah oui, j'oubliais de signaler que les birmans, pour la plupart, portent la jupe traditionnelle, le
longhi, attaché par devant différemment selon qu'ils sont homme ou femme, à petits carreaux pour
les hommes, aux motifs fantaisie pour les femmes. Et les femmes et les enfants étalent sur leurs
jours, parfois sur le front et sur le nez, du tanakha (pâte blanche tirée d'un tronc d'arbre).


On croyait s'être éloigné des gens qui crachent à tout bout de champ avec des raclements de gorge
tapageurs, et bien pas du tout. Ici non seulement ils crachent assez volontiers mais en plus ils
envoient des giclées de salive rouge et visqueuse car ils chiquent le bétel. Il faudra qu'on se fasse
expliquer comment ça marche, ce truc-là. En tout cas, pour chiquer le bétel, il faut engloutir à
intervalles réguliers, une feuille verte repliée contenant de la noix pillée, enduite de ce qu'on croit
être de la chaux.



Si les chinois jouent souvent aux dominos (mais pas des dominos comme chez nous, ils jouent avec
de gros dominos qui portent des figures chinoises), et les enfants au yoyo, les birmans eux jouent au
badminton, même quand la nuit rend le volant invisible, ils jouent au chinlon, une petite balle en
bambou ou en plastique qu'ils lancent et rattrapent avec les pieds, et les enfants font voler des cerf
volants à longueur de temps.


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