dimanche 16 janvier 2011

Mandalay (Birmanie)


La Birmanie du 12 décembre 2010 au 6 janvier 2011

D'un battement d'aile, sur l'autre versant d'une chaine de montagne et l'on bascule dans un autre
monde. De la Chine au matérialisme majoritairement exacerbé à la Birmanie la rêveuse. Le nom de
Myanmar a été donné au pays par la junte au pouvoir, alors nous continuerons de l'appeler
Birmanie.


Mandalay

Nous atterrissons à Mandalay et notre première impression n'est pas des plus réjouissantes. Il a
beaucoup plu ces derniers jours (ici comme à Kunming) et la terre n'a pas encore absorbé toute
l'eau. Les trottoirs, ou ce qui en tient lieu, sont difficilement praticables, défoncés et inondés. La
ville est quadrillée de rues à angle droit, encombrées de véhicules de toute sorte. Les poubelles
dégorgent. On cherche à changer de l'argent, on traverse les quartiers qui jouxtent de la gare, sans
visage si ce n'est celui de la pauvreté. Les enfants mendient et se font tabasser en réprimande par
des aînés impitoyables. On a faim. Les quelques magasins aperçus en cours de route sont
poussiéreux et fort peu achalandés. On n'y trouve même pas une bouteille d'eau. Les hôtels
recommandés qui font office de bureau de change sont fermés. La ville semble en perdition.

Le lendemain matin, après une nuit réparatrice, le baromètre du moral remonte. Il faut prendre la
température du coin, apprendre les codes et les modalités de transaction, connaître les prix et faire
affaire avec un chauffeur. Le premier à qui nous décidons de faire confiance ne nous raconte que
des bobards. Nous faisons finalement affaire avec Tomo, un chauffeur d'un petit taxi bleu mais le
sien est jaune. Pour un pays en débâcle, où le commun des mortels peine à gagner 50 $ par mois, les
prix réservés aux touristes sont très élevés.

 


Nous commençons la ronde des pagodes, des temples et des monastères. La ferveur des pratiquants
y est plus manifeste qu'en Chine. Les pagodes sont très fréquentées. Il s'en dégage une atmosphère
bon enfant, où chacun vaque à ses occupations et d'autres, nonchalamment appuyés contre une
colonne, regardent le temps passer. Mais gare à celui qui oublie d'enlever ses chaussures !


 

Malheureusement l'inconfort du petit taxi me tue rapidement le dos. Tomo finalement m'accepte à
coté de lui ce qui va rendre la poursuite de la visite possible. La tournée inclue de se rendre auprès
des artisans, sculpteurs de marbre, fabricants de feuilles d'or, celles dont les birmans recouvrent
leurs statues idolâtrées, brodeuses...C'est surtout l'occasion d'amener le touriste dans un guet-apens,
le boutiquier est tapi dans l'ombre, prêt à bondir et à ne plus lâcher sa proie. L'art de l'artisan est
cependant captivant si on arrive à se dégager du baratin du vendeur. L'oeuvre des brodeuses de
Mandalay, le Shwe Gyi Do, manie l'aiguille avec un grande dextérité, alliant l'apposition de
paillettes et de fils d'or en de savants dessins qui sont parfois même rembourrés et donc en relief. Ils
sont ensuite souvent teintés pour obtenir une fausse patine du temps. Les dessins réalisés sont
ensuite découpés et appliqués sur des tissus de velours. Ces broderies décoraient les murs de palais
et des monastères ou étaient assemblées en beaux vêtements de cérémonie, raides et lourds à
souhait.




La réalisation des feuilles d'or est époustouflante. Pour obtenir des feuilles d'une épaisseur d'un
millième de millimètre, des hommes frappent d'un marteau de 7 kg des carrés d'or pris en sandwich
entre deux feuilles de bambou pendant 8 heures. Elles sont ensuite vendue aux portes des pagodes
et les birmans en recouvrent consciencieusement les statues qu'ils idolâtrent.




Comme il se doit, l'après-midi s'achève par l'ascension de la colline de Mandalay pour arriver au
somment juste à l'heure du coucher du soleil.




Un rapide historique de la ville de Mandalay, 'la cité dorée' s'impose en introduction. Elle fut la
dernière capitale royale avant que la Birmanie ne tombe aux mains des anglais en 1885. Mandalay
succède à 3 autres capitales fondées dans un périmètre proche : Sagaing en 1288, Inwa (ou Ava) en
1364 puis en 1720, Amarapura en 1785. Le roi Mindon (1852-1878), réformateur et très religieux, a
imposé qu'on déplace sa capitale de 8 km afin que se réalise un voeu que Bouddha aurait prononcé
lors de son passage dans la région ! A sa mort, son fils Thibaw prend sa succession après avoir fait
assassiner 72 membres de sa famille qui auraient pu chercher à le dissuader de monter sur le trône.
A l'arrivée des anglais, Thibaw s'exile en Inde et Mandalay deviend une ville de garnison. Le palais
royal, quant à lui, succombe à un incendie provoqué par les bombardements de la deuxième guerre
mondiale. Il reste de l'imposante demeure une enceinte crènelée de 1600 m de coté, des douves et
quelques tours de garde en bois. Seuls les appartements du roi Mindon transportés en dehors de
l'enceinte après son décès, ont été épargnés et donnent un aperçu du faste et de la splendeur d'antan.
C'est maintenant le monastère de Shwe Nan Daw.




Le lendemain, toujours en compagnie de Tomo, nous faisons la tournée de deux des anciennes
capitales. A Amarapura on commence par une pagode pour se mettre en jambe, puis comme tout un
chacun, on se retrouve juste à temps au monastère de Patodawgyi, pour assister à la cérémonie des
1200 moines qui viennent prendre, à la queue leu leu, leur deuxième et dernier repas de la journée à
10h15. Ces pauvres moines sont exposés à la rapacité des touristes, avides et indélicats. Ils sont
tapis dans un angle, prêts à les mitrailler sans vergogne, jusque sous leur nez. Leur regard est le plus
souvent baissé. Des mendiants tendent la main à la sortie du réfectoire, en retrait, les chiens tentent
aussi leur chance...







Le long pont en teck 'U Bein' de 1,2 km de long, construit en 1782 avec les poutres subtilisées au
palais abandonné d'Inwa pour enjamber le lac de Taungthaman, nous invite à le franchir. Sur l'autre
rive, on se perd dans les méandres d'un village aux maisons de bambous en quête de la pagode
Kyau Ktaw Gyi, magnifique dans son écrin de verdure. De majestueux manussiha (sphinx feminins
à tête d'oiseau) font la garde aux quatre coins. Un bouddha assis médite en présence de 88 arhats
recueillis et silencieux à ses cotés.



Nous mangeons au débarcadère pour Inwa, qu'on ne peut rejoindre qu'en traversant la rivière de
Dok Hta Waddy. Puis nous montons dans ce qui va devenir un instrument de torture pour mon dos :
une carriole à cheval !






L'enfer sur une terre paradisiaque. La campagne scintille de tous ces feux, le vert des jeunes pousses
de bananiers luisent au soleil, les routes sont bordées d'arbres protecteurs, une pagode apparait
derrière chaque bosquet, des chars à boeufs blancs labourent les champs. A chaque étape, de jeunes
femmes cajoleuses essayent de nous ensorceler : 'C'est jouli, c'est pas cher, c'est pas lourd, c'est moi
qui l'ai fait !' A déployer tant de ténacité, c'est que la pauvreté doit les talonner de près. Au
monastère de Bagaya, 267 pilotis de tecks soutiennent un bâtiment du 17e siècle. Des paons ornent
les balustrades et des 'kinnaris' (oiseaux à tête humaine) surmontent les encadrements de porte. A
l'intérieur sévissent des Garoudas. Puis une belle pagode dont on ne connait pas le nom, avec un
bouddha assis sous un arbre et des stûpas en brique qui nous rappellent certaines vues au Vietnam.
On admire la campagne du haut de la Tour de Gué (seul vestige civil d'une période plus faste), et
depuis le monastère de Menu et sa belle couleur moutarde, la colline de Sagain, hérissée de
pagodes. Nous rentrons fourbus et cassés, et tombons dans les bras d'Orphée à l'heure où
s'endorment les poules.





Voyage à Mingun, où le roi Bodaw Phaya, gorgé d'ambition, voulait construire, en 1790, la plus
grande pagode du monde, la pagode Pahto Tawgyi. Il en est resté le plus grand tas de briques du
monde ! A-t-il abandonné son projet à cause d'une prophétie néfaste ou parce qu'il avait vidé les
caisses de l'état ? Le tremblement de terre de 1838 a pourfendu la terrasse et décapité les 'Chinthes'
(lions mythiques) colossaux. Subsiste la cloche géante de 94 tonnes, qui est la plus grande du
monde en état de marche car celle du Kremlin est fêlée !






Le coin est farci de touristes et a perdu son charme d'antan. Le bateau qui remonte pendant une
heure l'Irridaway est un bateau spécialement affrété pour les touristes qui nous régalent d'un
spectacle et d'un bavardage triste à en mourir. Quand on débarque, un arbre splendide nous accueille.




Quand enfin nous parvenons à nous défaire des nombreux requérants qui nous poursuivent de leurs
assiduités, apparaissent les 'Nats' (les gardiens) de la pagode Settawya qui dévalent sur plusieurs
rangées l'escalier qui surplombe le fleuve.





La pagode Myahteindaw s'offre à notre regard, dans sa blancheur (presque) immaculée. Elle
symbolise le monde, avec ses 7 chaines de montagne qui entourent le mont Meru. Elle date de 1811.
Ses trésors furent dilapidés, seules quelques statues ont survécu dans leurs niches.





Ras le bol du prix exorbitant des taxis, dorénavant on va chercher à les boycotter quand c'est
possible. Au retour, on s'essaye aux bus locaux pour parvenir au pied de la colline de Mandalay.
C'est du sport ! Et de toute façon, eux aussi tentent de nous arnaquer. Ils nous réclament 2000 kyats,
on ne leur en donne que 1000, ça ne devrait coûter que 200 !




 Alors on opte pour la marche à pied ! Les pagodes sont dispersées le long de larges avenues qui
encadrent une étendue d'eau. Mais où a-t-on été déposé ? Nous voulons nous diriger vers le coin
N.E. du palais. A chaque fois qu'on demande notre chemin, en réponse on nous propose un taxi.
S'étant finalement repérés, la virée des pagodes peut commencer : la pagode Sanda Muni, avec ses
innombrables stèles en rang d'oignon qui commentent les textes sacrés, la pagode Kuthodaw (le
grand livre), qui elle aussi aligne des rangées de pagodons qui abritent des stèles gravées du texte
sacré (le Tripitika), le magnifique monastère de Shwe Nan Daw, sous les derniers rayons de soleil
qui éclairent les sombres boiseries sculptées. Et une dernière pagode pour la route : Kyauk Taw Gyi.
Un Bouddha de marbre y est accompagné de 80 arhats identiques, enfermés derrières des grillages
rouillés.


 

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