Paksé
Un patelin, un bled ! Pas grand chose à y faire, le musée est fermé, le temple chinois est fermé,
les temples bouddhiques ne sont pas folichons. Un gentil bonze nous donne des explications
sur les peintures du Wat Luang (en effet, si nous savons reconnaître la plupart des scènes de la
vie de Bouddha et celles de Wetsantara, il nous manque les clefs pour identifier d'autres scènes
souvent représentées, qui doivent évoquer d'autres vies antérieures de Bouddha) et au moment
de nous séparer, il nous tend une carte de visite où figure son mail. Un détour par le
supermarché, on y trouve malgré nos propos calomniateurs, les oeillets dont on a besoin pour
réparer les feuilles du classeur, une paire de chaussures pour Alain (celles achetées en
Birmanie n'ont pas tenu le coup), du sopalin, du baume du tigre et des bonbons à la menthe !
On mange au bord de l'eau - le Mékong, encore et toujours, balayé par une petite brise
bienvenue.
On loue une mobylette et l'on démarre la journée des petits tracas, pour aller dénicher le clou
de la région : le Wat Phou, temple khmer classé au patrimoine de l'humanité, à Champassak,
au sud de Paksé.
Mais pour y parvenir il faut d'abord parcourir 35 km, puis prendre un bac pour traverser le
Mékong. On nous dirige vers une première barge, qui au bout de pratiquement une heure de
tentatives de démarrer déclare finalement forfait et demande que nous nous transbahutions
tous sur un autre bateau. Cet autre accepte tous les passagers, camions, voitures, mobylettes
qui ont patienté jusqu'alors. Il ne parvient pas à décoller, il s'est envasé, tout le monde descend.
On se rabat sur une espèce de pirogue qui peut transporter une mobylette et quelques piétons
à la fois. Ca y est, on est arrivé sur l'autre rive. Ca nous a pris la bagatelle de 2 heures sous un
soleil de plomb !
A nous les grands espaces ! La mobylette vrombit de plaisir. Il reste 10 km à rouler sur cette
rive. Et patatras, on crève ! Je reviens tranquillement à pied au village de Champassak, je
prends des photos d'un magnifique fromager qui s'étire dans le soleil, et je retrouve Alain,
confortablement installé dans la boutique d'un réparateur qui se trouvait justement là ! C'est au
fer à repasser qu'il fait adhérer un patch de caoutchouc sur le trou dans la chambre à air. On va
finir par y arriver au temple de Wat Phou !
Le temple de Wat Phou
Classé au patrimoine de l'humanité par l'UNESCO, il est une page importante de l'histoire et de
la civilisation khmer. Il date du XIe siècle, bien qu'on ait découvert une inscription datant du Ve
siècle mentionnant déjà l'existence d'un temple à cet emplacement. En ce temps-là, les khmers
se réclament d'un hindouisme mâtiné d'animisme. L'ensemble est accolé à la montagne sacrée
Phou Kao, dont le point culminant rappelle la forme du linga, symbole phallique de Shiva. Il est
orienté Est-Ouest. A l'autre extrémité, trois barays (grands bassins d'eau) miroitent dans la
plaine. On rencontre Vishnu, qui a 4 bras, l'un tenant un coquillage (l'eau, la création ou la
victoire sur le chaos), l'autre un disque (le feu ou l'arme invincible qui lui a été donnée par Indra,
le dieu du ciel), le troisième un lotus ou une boule (la terre), et le quatrième une massue (son
pouvoir ou le vent). Il porte sur la tête une mitre cylindrique et il est transporté par Garuda. A
Shiva est associé le linga, sa monture est Nandin (le taureau) et Shaki est son versant
destructeur. Le Naga est une figure récurrente chez les Khmers. Bouddha porte des cheveux
en bouclettes (dont la forme fait penser à des escargots) et un chignon au sommet du crane :
l'usnisa, symbole de la connaissance parfaite. Quand il est assis avec les deux jambes
parallèles et pliées, on dit qu'il est assis à l'occidentale. En tailleur, c'est à la Javanaise.
Une route aurait dans le passé relié Wat Phou à Angkor.
Au retour, Alain a la malencontreuse idée de vouloir passer par la nouvelle route qui va
directement de Wat Phou à Pakse, et qui doit nous faire économiser bien une dizaine de
kilomètres. Il se renseigne auprès d'une ou deux personnes qui nous font signe qu'on peut y
aller. Alors on s'y engage. Malheur ! Elle est tout juste damée, tous les 100 mètres, le passage
des gués inachevés nous obligent à des détours par des voies sablonneuses ou boueuses, on
croise sans arrêt des camions qui soulèvent une poussière du diable, on dérape, on patine, on
glisse, on manque à culbuter, on se redresse de justesse.... Vu l'inconfort de la situation, on
retourne sur la route de Champassac dès qu'on trouve une bifurcation, on repasse le bac, on ne
lambine pas car le temps nous est compté, le soleil se couche, on finit à la nuit noire, Alain n'y
voit goutte du fait de la cataracte, il fait froid....
Tadlo sur le plateau des Bolovens
C'est un plateau situé à 30 km à l'est de Paksé, qui peut atteindre 1300 m, altitude qui favorise
un climat frais et agréable. On y cultive le café (le robusta en dessous de 1000 m et l'arabica),
le thé, la cardamone, les noix de cajou... Le relief, par endroit très escarpé, engendre de
spectaculaires chutes d'eau, destinations obligées des touristes.
On séjourne 3 jours à Tadlo, endroit paisible proche d'une merveilleuse cascade, qui convie à la
baignade et au délassement. Les guesthouses sont rassemblées sur une petite portion de la
route qui mène du village à la cascade, ainsi les touristes sont regroupés mais quand même
encastrés dans la vie du village et chacun peut à loisir suivre les activités qui illustrent la
relation très forte qui existe entre la rivière et les habitants.
Lors d'une petite escapade dans la campagne environnante, on entend du bruit émanant d'un
fourré. Encore un troupeau de buffles ? Un ours ? Scrutant les taillis, je crois apercevoir un
éléphant ! Nous comprendrons plus tard que le lodge voisin organise des promenades à dos
d'éléphants et que ceux-ci, le soir venu, sont lâchés dans la colline. Rappelons que le Laos
s'appelait originairement «Le royaume du million d'éléphants».
Ban Kok Phu
Une journée en mobylette nous permet d'aller à la rencontre des villages environnants. A Ban
Kok Phu, à 20 km de Tadlo, Hook, un jeune homme du village qui connait des rudiments
d'anglais, propose de nous servir de guide, et nous faisons une visite formidable. Il nous livre de
l'intérieur les us et coutumes de son peuple, le peuple Katou. Chaque habitant conserve sous
sa maison le cercueil qu'il a construit lui-même et dans lequel il sera enterré, en teck massif ou
en béton, plus ou moins sculpté selon son rang dans le village.
Ici, hommes, femmes et enfants dès l'age de 4 ans fument une énorme pipe à eau, formée d'une gros cylindre en bambou. Les Katous sont animistes. Ils croient aux esprits qui rôdent alentours. Les règles de vie semblent très strictes. Si quelqu'un ne les respectent pas, il aura à faire aux esprits. Aucune personne qui ne soit Katou ne peut venir s'installer ici. Ils ne peuvent épouser que quelqu'un de la même
ethnie. Le plus proche village Katou est à 50 km. Les mariages sont arrangés. Hook a été marié
contre son grè, car son désir était de quitter le village pour pouvoir poursuivre des études.
Seulement voilà, son père ne lui a pas fait confiance. Il n'aime pas sa femme. Le village,
composé de 700 habitants, vit de la culture du café, de la cardamone et de la cacahuète.
Certains sont riches mais d'autres sont très pauvres. Il y a 2 ans, quelqu'un est encore mort de
faim. Le gouvernement a payé la pompe à eau et donne des subventions pour acheter les
graines. Les familles sont nombreuses et comptent de 7 à 15 enfants. Les hommes peuvent
avoir plusieurs femmes. C'est l'homme qui apporte une dot pour conclure un mariage : la
maison, le satellite, la mobylette... Ici divorcer est inconcevable. Et si un homme a une relation
extra conjugale, le mauvais sort s'acharne contre lui, soit il tombe malade, soit il meurt. Avant
Hook lui-même ne croyait pas aux esprits, mais dernièrement il a changé d'avis. Il lui est arrivé
quelque chose, à la suite de quoi il a été malade pendant 3 semaines puis il a fallu exécuter des
cérémonies et des sacrifices pour apaiser les esprits. Le chef des villageois est choisi par les
habitants pour 3 trois ans. Il doit savoir parler le laotien, savoir lire et écrire. C'est lui prête de
l'argent en cas de besoin. Les femmes font du tissage, et malgré le style très rudimentaire du
métier à tisser (qui s'attache dans le dos pour tendre la trame), le motif est complexe et délicat,
entremêlé de perles.
Les enfants vont à l'école, de 7 à 15 ans. L'école est gratuite, mais il faut que les parents achètent un uniforme. Pour les inciter à y aller régulièrement, la maitresse leur fait confectionner des biscuits. Au milieu du village se trouve une grande place ronde destinée aux cérémonies et aux sacrifices de buffles qu'il faut accomplir quand la mauvais sort s'abat sur le village.
En remontant la rivière en direction de sa 3e cascade, nous tombons en panne d'essence !
Nous pénétrons dans le village situé en bord de route qui dispose, pour notre plus grand
bonheur, d'une pompe inespérée. Il s'organise lui aussi autour d'une grande place circulaire, au
milieu de laquelle se trouve une hutte décorée de signes blancs cabalistiques, dont nous ne
connaissons pas la fonction ? Malgré le fait d'avoir interrogé les uns et les autres à ce sujet,
nous n'avons toujours pas trouvé la réponse. Les villageois reviennent des champs, la houe à
l'épaule. Des hommes partent à la chasse munis de leur fusil. Le soleil baisse sa garde.
A maints endroits, la campagne brûle, les hommes pratiquent le brulis pour défricher et
amender le sol.
Paksong
Quand on descend du bus, on regarde à droite et à gauche, et on se demande bien ce qu'on
fait là ! On croyait même qu'il fallait prendre un tuktuk pour rejoindre le village. Et bien non, le
village c'est là. Il s'étire le long de la grand'route, sans état d'âme. Peu d'hôtels, pas de quoi
faire du chichi. On trouve une chambre avec vue sur un étang derrière le marché. L'intérêt du
coin réside dans son climat tempéré (on a presque froid !), la culture du café et ses cascades.
Ce qui a retenu notre intérêt est la rencontre avec 'Koffee' qui tient le seul bar du coin, équipé
de la wifi qui plus est. Il est hollandais. Baroudeur, depuis plusieurs années sur les routes du se
asiatique, il s'est lui aussi demandé, quand il a débarqué là, comment on pouvait vivre ici,
….et il est resté. Il s'est marié avec une femme Laven, dont la famille a une plantation de café, il
a un charmant petit garçon et il est un amateur fou de café. Il passe son temps à servir des
cafés aux touristes de passage. Il torréfie lui-même le grain, il le moud avant chaque utilisation
et le prépare dans une cafetière italienne à une seule tasse. J'ai blasphémé quand j'ai demandé
une goutte de lait !
Nous revoilà en selle sur une mobylette, par des chemins poussiéreux, cahotants et ensablés à
l'assaut de chutes d'eau spectaculaires qui nous attendent. On est moyennement emballés,
cependant. Il faut surtout éviter, autant que faire se peut, les cargaisons que déversent les bus
de touristes.
De retour à Paksé, on reprend le gros de nos bagages déposés à l'hôtel, et on repart pour le
village de Pha Pho, à l'écart du monde. Le pick-up devait prendre le départ à 13h, et c'est
seulement à 15h qu'il se décide pour de bon. L'attente est longue, les passagers sont déjà tous
installés à leur place et patientent avec fatalité. Alain fait de même, moi je cherche vainement
un peu de fraîcheur dans la gare routière. Puis il s'arrêtera à plusieurs reprises, pour charger de
gros colis encombrants, pour que les passagères fassent leur marché, pour qu'elles fassent
d'autres emplettes un peu plus loin, et aussi sans raison.... Les derniers kilomètres sont
particulièrement éprouvants. La goudron s'est effacé au profit d'un méchant chemin de
poussière et nous essuyons nuages de poussière après nuées de poussière au fur et à mesure
de notre progression. La poussière s'est introduite dans chacun de nos pores et dans tous nos
orifices.
Une seule guesthouse dans le village, le premier soir occupée par deux autres couples de
français, puis nous resterons seuls. L'endroit est très paisible, et la chaleur commence à se
faire sacrément sentir. Les champs alentour sont pratiquement tous jaunes.
Nous sommes venus tout ce chemin pour vivre l'expérience d'une balade à dos d'éléphant,
selon le voeux d'Alain. Je suis assez inquiète, et rien n'est fait pour me rassurer. Comment va-ton
s'y prendre pour se hisser sur son dos ? Comment tenir en équilibre sur une nacelle aussi
gracile ? A quoi se tenir quand l'éléphant attaque une descente escarpée ? Comment
redescendre sur terre ? A peine s'habitue-t-on à son ample balancement, à peine lui accorde-ton
notre confiance pour choisir judicieusement l'emplacement de ces pas afin de ne pas
trébucher dans les marécages, ne voilà-t-il pas qu'on se dirige vers un marigot pour la séance
de la toilette. Je n'ai pas le temps de dire ouf, que je réalise qu'Alain est débarqué à terre. Il est
passé par dessus la tête de l'éléphant et s'est eclaffé sur la berge ! Plus de peur que de mal,
mais il est en resté un hématome musculaire à la cuisse. On se débarrasse de la nacelle, et je
me retrouve assise à cru derrière les oreilles de l'éléphant. A partir de ce moment-là, je m'en
remets au saint des saints ! Je ne comprends rien aux mouvements qui se produisent sous mon
séant, mais à chaque minute je crois que je vais être aspirée par l'eau. Cf images dans le message suivant.
Flânerie dans le village. Alain rentre, ayant du mal à marcher suite à son intrépidité, moi je
m'enfonce dans le village, au point de m'égarer. J'ai taillé une bavette avec un monsieur sur le
pas de sa porte. Il est professeur de chimie et de biologie à Attapeu à 100 km d'ici par un
chemin défoncé. Il a appris l'anglais tout seul, qu'il est content de pratiquer, car il a l'espoir de
partir à l'étranger poursuivre des études. Je rentre à la nuit tombée.
On quitte Phapho avec regrets, on croise en chemin un troupeau d'éléphants qui s'acheminent
vers Champassak où doit se dérouler une fête lors de la pleine lune qui aura lieu dans quelques
jours. Moi, j'aurais bien voulu qu'on reste encore quelques jours pour y assister, mais on a déjà
beaucoup lambiné au Laos, le Cambodge nous attend.
Avant de passer la frontière, on passe deux jours au lieu dit des 'Quatre mille iles'. A cet endroit,
le Mékong se rétrécit brutalement pour former des chutes spectaculaires, puis il reprend un
cours plus serein. Belle baignade au coucher du soleil.
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