vendredi 4 mars 2011

de Muang Sing (N.-O.) à Luang Prabang



Muang Sing

Donc on repart pour Muang Sing, encore un peu plus au nord ouest, à seulement 2 heures de
route. Malheureusement c'est un bus japonais, et le champ de visibilité est réduit, on ne voit pas
grand chose de cette forêt plus primaire encore qu'ailleurs car dans une zone protégée.

Cette fois-ci, je crois que nous avons réussi à larguer le touriste des grands nombres. Muang
Sing : deux rues asphaltées à angle droit, traversées par des chemins de terre, et à l'extrémité
de l'une des deux, un grand espace dévolu au marché en face duquel se trouve la gare
routière, où le bus nous dépose. 3, 4 hôtels, pas plus. Quelques voyageurs égarés se
retrouvent le soir dans un des deux seuls restaurants.



On atterrit dans un hôtel avec une jolie vue ! C'est à signaler, car ça nous est très rarement
arrivé pendant ce voyage. Deux belles fenêtres s'ouvrent sur les rizières ourlées de montagnes.
En face de nous, la Birmanie, à l'est, la Chine.



On se doit de rendre une visite au musée, installé dans une ancienne maison coloniale 'à la
française', qui a du témoigner en son temps, d'une réelle volonté de mettre en valeur les
traditions des minorités ethniques qui sont en nombre dense sur un petit périmètre dans la
région. Mais depuis, pas même un coup de chiffon pour disperser la poussière ou enlever les
traces sur les vitrines. Les textes succincts contredisent ce qu'on a lu ailleurs. C'est compliqué
de s'y retrouver.



Pour une modique somme supplémentaire, on a droit à un film sur les Akhas, qui nous a bien
intéressés. Il explique en autre, que les Akhas vivaient préférentiellement dans les hauteurs, en
quasi autarcie et de manière très isolée. Un premier village est descendu dans la plaine. Ils ont
payé un lourd tribu à ce choix, perdant 48 des leurs dès la première année de leur installation,
et ce surtout à cause des maladies contractées. Mais maintenant ils constatent qu'ils vivent
mieux qu'avant, que leur enfants peuvent aller à l'école et qu'ils peuvent bénéficier de soins.
D'autres villages les ont suivis. Mais au fur et à mesure, la terre vient à manquer. Les derniers
arrivés tirent le diable par la queue. D'autant plus qu'ici, nous sommes dans le triangle d'Or, qui
a connu une grande prospérité avec la culture du pavot, maintenant interdite. Les Akhas sont
très attachés à leurs traditions et s'efforcent de les préserver. L'une d'entre elles cependant est
sujette à caution qui veut que les jumeaux soient tués à leur naissance, car ils sont le signe que
les parents ont commis des actes répréhensibles. Une femme en particulier essaye de
convaincre les parents de garder leurs enfants en vie, mais ces parents-là font preuve d'un
grand courage, car ils sont l'opprobre du village.



Dans le temple adjacent, un homme et ses apprentis sont en train de sculpter les deux nagas
qui composent la rampe de l'escalier. Muni d'un couteau plat, au jugé, sans repérage préalable,
à main levée, il fait apparaître sous nos yeux ébahis des spirales, des écailles, des
flammèches... Il travaille le corps du dragon par moitié verticale. On reviendra à plusieurs
reprises assister à l'avancement des travaux, les nagas seront finalement dotés chacun de trois
têtes, leur bouche sera pourvue de dents et le tout sera peint d'or, de blanc et de rouge.









Impossible de louer une mobylettes à Mouang Sing, on se rabat donc sur les vélos. Durant les
deux jours qui suivent, on sillonne la contrée. Des villages, il y en a autant qu'on veut, qui
s'échelonnent le long du parcours. Certains sont Tai Neua, d'autres Tai Lue, ou encore Hmongs
ou Lolos.

En résumé, on distingue 4 groupes ethnolinguistiques au Laos qui sont tous des migrants
depuis la Chine du sud est pour échapper aux conflits avec nos amis les Hans.

Chronologiquement, on distingue les Austroasiatiques (essentiellement les Mon-Khmers au
Laos), lesTai-Kadais qui représentent 65 % de la populations (les Laos) et depuis 200 ans les
Hmongs ou Yaos ou Miaos, dont font partie les Lantens (cantonnés par la force des choses aux
montagnes) et en dernier ressort, les Sino Tibétains ou Tibétos Birmans uniquement dans le
nord extrême du Laos (Akhas et Lolos).





On repère certaines différences, ceux qui ont des maisons sur pilotis, ceux qui ont de grandes
maisons en bois avec deux corps de bâtiment séparés d'un auvent qui protège une terrasse
fermée d'un balcon, ceux qui ont des maisons à même le sol, ceux dont les toits descendent à
ras de terre, ceux qui font de l'élevage, ceux qui cultivent le riz, ceux dont les femmes font du
tissage, ceux où elles fabriquent du papier de bambou…. Certains sont bouddhistes, d'autres
taoïstes, d'autres animistes. Cependant on ne voit plus de costumes ce qui nous aiderait à
mieux les distinguer.





Certains sont méticuleusement entretenus, la terre battue est balayée, rien ne traine, les
enfants sont gracieux et soignés, d'autres sont plus négligés, les poubelles végètent à vaul'eau,
les sentiers sont à peine tracés, le désordre l'emporte.

Apparemment tout ce petit monde cohabite à parfois quelques centaines de mètres seulement
les uns des autres, mais chacun sur son quant-à-soi, claquemuré dans ses coutumes. Les
règles pour se marier peuvent être très diverses, mais elles sont très strictes. Le mariage ne
peut se concevoir qu'entre membres de la même ethnie, avec parfois l'obligation de ne pas
appartenir au même clan ou au même lignage. Trouver chaussure à son pied ne doit pas être
facile !

J'ai l'impression que ni solidarité ni entraide sont de mise. Même pour effectuer les tâches les
plus dures, chacun s'y attelle soit individuellement soit en famille. Les femmes, de même que
les enfants, assurent des taches très pénibles. Je me demande même si les enfants sont
scolarisés ? Les villages ne livrent que très peu de leurs secrets. Les habitants nous saluent,
nous sourient mais restent sur la défensive, sur la réserve. Il faudrait avoir la chance d'être là au
moment des fêtes religieuses ou lors des cérémonies rituelles.
 
Je me fais la réflexion suivante, ici les choses ne semblent pas bouger. A part l'apparition des
motos, la floraison des antennes satellites, l'éclosion des maisons en béton, l'édification de
nouveaux temples, tout semble immuable. On dirait qu'il n'y a pas d'échange, d'émulation, de
créativité ni d'originalité. Une seule fois, j'ai remarqué un jouet innovant, celui d'un tourniquet en
bambou pour apprendre à un bébé à marcher. Je me fais d'ailleurs la même réflexion pour les
hôtels et les restaurants. Ils sont tous formatés. Ils proposent tous la même chose. Pas de
touche personnelle. Pas de particularité distinctive.

Ah oui, ne pas omettre de relater l'épisode de la crevaison ! Heureusement ça se produit dans un
village. Par gestes, on explique notre malheur à une famille attablée. Ni une, ni deux, un jeune
homme nous prend en main, nous conduit à une maison voisine qui possède l'attirail adéquat et
nous plaque les deux rustines nécessaires à boucher les deux trous commis par une épine
d'arbre acérée.

Notre balade à vélo du 2e jour nous a conduit sur des chemins de terre et se termine en raid,
crapahutant dans les rizières en empruntant les étroits monticules qui délimitent les parcelles, à
traverser des rivières les roues dans l'eau, à chevaucher des ponts de bambou boiteux. On est
carrément perdu. On est beaucoup trop remonté vers le nord, il va falloir pédaler dur pour
retrouver un chemin praticable. Affalés de fatigue, on regarde le ciel, les montagnes qui nous
entourent, on se rappelle qu'on est à l'épicentre du fameux triangle d'or !





Mis en oeuvre du projet de descente de la Nam Tha.

Le soir au restaurant, on interpelle quelques convives pour leur proposer qu'ils se joignent à
nous. Denis, un français, nous entend parler et se rapproche. Notre projet pourrait l'intéresser, il
nous donnera la réponse le lendemain matin. Je parie sur le fait qu'il se rétractera, mais j'ai
perdu. Il s'avèrera être un charment compagnon de voyage, discret et accommodant. Donc on
se retrouve au départ du bus à 7 heures tapantes, on refait dans l'autre sens le trajet pour
Luang Nam Tha, on attend le moyen de transport qui doit nous amener à Na Lae, et c'est un
grand malheur car c'est un sawngthaew, le plus inconfortable de tous, et qui asperge les
passagers, avec un malin plaisir, de toute la poussière soulevée sur la route. La chance me
sourit, on me réserve la place de choix, celle à coté du conducteur. La route est magnifique.
Elle longe la Nam Tha et nous traversons de beaux villages très isolés.

Arrivés à Na Lae, à peine descendus du pick-up, nous sommes hélés par un homme qui parle
l'anglais, et qui nous propose les services d'un batelier. Mais ce batelier-là est obtus, et malgré
la patience d'Alain et de Denis réunis, il ne démord pas de la somme qu'il exige. Ils vont voir le
bateau, histoire de faire diversion, pendant que je garde les sacs. Autour de nous, une
impression de bout du monde. Quand ils reviennent au bout d'un temps qui m'a paru une
éternité, sur le point d'abandonner la partie, un autre batelier s'est présenté, et l'affaire est alors
rondement menée : 1200000 kips (eh oui, on s'embrouille avec tous ces zéros !) qui
comprennent la descente de deux jours pour nous trois, les repas et l'hébergement. Plus de
temps à perdre, on embarque car il faut rejoindre le village du batelier avant 18 h, pour ne pas
être surpris par la nuit.




Il gouverne le bateau depuis l'arrière, au moyen d'un volant et d'une corde passée au gros orteil
qui commande l'accélérateur, et à la proue, son coéquipier, à l'aide d'une pagaie ou d'une
perche, conduit l'avant dans les rapides. En cours de route, on embarque un deuxième
coéquipier. Ils ne seront pas de trop à deux. Il faut voir leur précision et leur adresse à frôler les
caillasses et à défier les courants. Les rapides se succèdent, parfois de façon très rapprochée
et certains sont fort impressionnants. A bord, des bouteilles de gaz qui seront déposées sur la
grève en chemin, et des gens du crus, qui au gré de leur destination, débarquent ou
embarquent. Par deux fois, les passagers d'autres bateaux tombés en rade montent à bord. La
descente n'est pas de tout repos.

On arrive juste à temps au village de notre batelier Nan. Plus question de compter sur quelques
mots d'anglais pour se faire comprendre. Il faut trouver autre chose : 'Pstt, pstt' pour demander
les toilettes ! Les voisins, les parents se sont joints à nous. On rit, on se sourit. Prout, l'un des 5
enfants de Nan, petit garçon dégourdis et malicieux, fait un pet et tout le monde s'esclaffe. Mais
impossible de savoir comment Nan recharge la batterie qui alimente un beau néon qui trône au
dessus de nos têtes. On suppose que c'est avec le moteur du bateau.

On nous sert un repas improvisé sur une grande table basse, de la soupe de poisson épicée,
de la pâte de poisson tout aussi épicée, du confit de poisson, encore plus épicé, du riz gluant et
des galettes vert foncé. Ce sont des galettes d'algues vert fluo, ramassées dans la rivière,
nettoyées à grands coups de batte sur une pierre, triées filament par filament et réparties en
fines couches sur un tamis pour les faire sécher au soleil. Elle sont ensuite recouvertes de
quelques graines de sésame et passées au feu. Avant de les servir, elles sont enduites d'une
huile à base de poisson. Craquantes et délicieuses.




Puis on nous dresse un coin couchage, et l'on dort jusqu'au réveil en fanfare des coqs qui
peuplent le village. Ils s'en donnent à coeur joie, surtout celui qui habite juste sous le plancher
de la maison. Au réveil, on a juste le temps de faire un petit tour du village. De rencontrer un
monsieur qui baragouine quelques mots d'anglais, qui m'explique qu'il a appris l'anglais quand il
était novice, qu'il a pris l'avion pour aller à Vientiane, qu'il a été policier quelques années juste
avant la révolution, que plusieurs membres de sa famille et des habitants du village vivent en
Amérique, et qu'ils envoient de l'argent. Du coup, on comprend mieux la relative aisance dont
semble jouir le village, la présence d'un temple au sommet du village, qui abrite une poignée de
moines, et au fronton du quel il est inscrit en belles lettres 'USA', les quelques capteurs solaires
disséminés dans le village, la télé et le lecteur de dvd aperçus chez Nan.







Au petit déjeuner, soupe de poisson, puis Nan sonne le départ à 8 h tapantes. Vers midi, on
s'arrête sur un plage, et on nous prépare en un tour de main un magnifique poisson... épicé,
apporté avec nous au bout d'une corde le long de la coque du bateau.




En fin d'après-midi, on rejoint le Mékong. Le temps commence à sembler un peu long.
Cependant si nous, nous pouvons soulager nos muscles endoloris en nous allongeant au fond
du bateau, les coéquipiers eux, assis à califourchon à l'avant, ont gardé la même position
durant les 9 h du trajet !




Denis tient un blog, dès le lendemain il avait relaté notre équipée, je lui donne la parole :

Au petit déjeuner le matin, l'oreille trainante, j'entends un couple de Français évoquer un
voyage en bateau. C'est justement ce que je cherche pour retourner à la frontière Thaï, c'est un
peu aventureux , pas forcément dénué d'imprévus et seul c'est assez cher, mais si nous
pouvons trouver une embarcation à chartériser à trois cela devient tentant . Il s'agit de
descendre en pirogue la rivière Nam, puis de rejoindre le Mekong jusqu'à la frontière.
On rêve un peu (pas longtemps) et décidons de tenter le coup et de rejoindre par le premier
bus du lendemain matin Luang Nam ta d'où des pick-up desservent le village où il serait
possible de trouver des bateaux à louer.


Bus matinal pour redescendre à Luang Nam Ta. Ambiance haute en couleur à la gare routière.
Les vendeuses Aka profitent des derniers instants pour tenter de placer leurs bracelets de tissu.
Bus assez plein, les dindons restent toutefois relativement discrets. Superbe paysage de foret
primaire. En attendant la correspondance de midi (un simple pick-up qui semble bien
rudimentaire) un dernier petit déjeuner civilisé avec les filles. Embrassades et promesses. Bye
Murielle, Michèle et Marie-France. Le voyage continue avec Alain et Sylvie.


Le voyage en pick-up tient les promesses qu'évoquait son apparence. Nous sommes coincés
entre les autres passagers et différents sacs de graine de soja, en partie percés, dont le
contenu se répand régulièrement dans la « cabine ». La route poussiéreuse serpente sur les
flancs des gorges de la rivière Nam, et l'on peut se rendre compte que la navigation va être
« chaude » : c'est plein de rapides. D'ailleurs nous avons été prévenus : le parcours comporte
des difficultés, incidents voire accidents ne sont pas exceptionnels comme l'avenir nous le
prouvera.


Arrivé au village, nous entamons une longue négociation avec les bateliers. Pas facile, mais en
gardant le sourire, puis en faisant mine de renoncer, on finit par arriver à un accord qui nous
semble correct. : nous devons partir sur le champ, naviguer deux heures (il n'est évidement pas
question de naviguer de nuit dans les rapides) et passer une première étape dans le village du
batelier.


La pirogue est longue et étroite, ce qui oblige tous les passagers, pilote et pagayeurs compris à
se placer en ligne. 6 bons mètres de long. Le pilote est à l'arrière et commande le gouvernail à
l'aide d'un volant relié à l'axe par trois tours de bout en spirale. Devant deux pagayeurs. Leur
rôle n'a rien à voir avec la propulsion. Ils sont chargés d'accélérer les virages et de positionner
avec précision le nez du bateau dans les passages difficiles. Entre les deux, les passagers et le
fret (Quelques sacs, 8 bouteilles de gaz)


Et nous voilà partis. Cela va vite, très très vite. Ce ne sont pas seulement quelques rapides : ils
se succèdent avec régularité toutes les 5 à 6 minutes. A chaque fois la manoeuvre est
identique : les pagayeurs à l'avant signalent la bonne direction et aident vigoureusement le nez
de l'embarcation à se positionner dans la bonne direction, puis le barreur accélère et on fonce à
une vitesse effrayante entre les rochers effilés.


Très impressionnant. Parfois il y a juste la place pour que la pirogue se faufile entre les rocs, et
il vaut mieux ne pas laisser traîner les mains dehors. Parfois même le fond est à peine suffisant
et l'on talonne assez brutalement.


L'équipage est vraiment champion : seul dans les mêmes conditions je ne ferais pas 500
mètres sans me fracasser sur un écueil immergé, que l'on distingue à peine grâce à un
changement de couleur de l'eau.


Entre les rapides, la rivière s'agit et s'élargit, et l'on peut tranquillement admirer les paysages à
couper le souffle des gorges. Recouvertes d'une luxuriante forêt primaire (bambous, bananiers
sauvages) parfois entrecoupée de nouvelle plantation de jeunes tecks, alternant avec des
falaises vertigineuses. Bref pour les cinéphiles c'est à la fois « La rivière sans retour » (mais
sans Marylin) et « Délivrance » de Boorman. Mais ici les indigènes sont beaucoup plus
sociables.


En se rapprochant du village de Nan (Le capitaine) on longe une succession de « salles de
bains » Comme souvent en Asie du sud est, malgré le manque d'équipement, la population est
très propre. Le crépuscule est l'instant de la toilette communautaire, sexes séparés bien sûr,
savonnage intensif, puis immersion dans la rivière.


Arrêt pour la nuit chez Nan. Plutôt rudimentaire : les maisons de bambou sur pilotis sont
étagées sur le flanc des gorges, ruelles de terre où galopent les petits cochons noirs. Pas
d'électricité, mais quelques paraboles. Sous le plancher, entre les pilotis on trouve parfois des
métiers à tisser utilisés pour la fabrication des bracelets et sacs qui seront vendus sur les
marchés.


Le repas est constitué par le poisson de la rivière. Avant de nous endormir, à même le plancher
directement sur des nattes de bambou, mais protégés par d'épaisses couvertures, nous
« bavardons » avec la famille plus toute une nuée » de curieux, dont une multitude de gosse
curieux et rigolards. venus regarder les « falangs ». On a vraiment l'impression de jouer pour
eux le rôle de la télé ! L'expérience des WC à la chinoise est également un grand moment,
mais plus aisé pour moi : j'ai la chance d'être avantagé par une capacité innée (une des mes
ancêtres a du fauter avec un asiatique) à pouvoir tenir sans peine accroupi, les pieds à plat,
posture que peu d'occidentaux peuvent tenir sans crispation.


Réveil vers 5h00 (les coqs!!!) Je tente la toilette dans la rivière. Finalement ce n'est pas si dur,
et c'est tellement agréable de se sentir propre. Les enfants de Nan allument le feu dans la cour,
petit déjeuner, toujours du poisson épicé ! Petite ballade dans le village, visite des « ateliers de
tissage » et de la fabrication du « pain d'algue » que nous avons consommé hier. Les villageois
recueillent dans la rivière des paquets d'algues vertes, étalées et mises à sécher au soleil, puis
enduite d'huile de poisson. Le goût est absolument inimitable ! Une chose est certaine ici : celui
qui ne supporte pas le poisson est sûr de mourir de faim.


Départ à 8h00. Et de nouveau l'enchaînement des rapides, certains assez difficiles. Au bout
d'une heure nous rencontrons une pirogue échouée sur un lit de cailloux, coque percée et axe
de l'hélice faussé. La solidarité des navigateurs joue à plein, nous embarquons quatre
nouveaux passagers dont une jeune femme portant dans ses bras une fillette d'à peine deux
ans, dynamique en diable et qui a, c'est bien naturel à son âge, bien du mal à se tenir au calme
dans la pirogue.


Nouvel arrêt vers midi pour la pause déjeuner : le capitaine débite en morceau le poisson,
emporté vivant la veille, pour agrémenter la soupe qui cuit sur un feu de bois allumé sur la
plage.


Encore deux heures de descente sportive avant d'atteindre le Mekong où la navigation est plus
aisée, même si elle se fait maintenant à contre courant. Il y a encore quelques rares passages
difficiles, un nouveau sauvetage d'un bateau en panne de moteur, avec embarquement des
passagers : on commence à être un peu serrés !


Notre cargaison de bouteilles de gaz donne lieu à un étrange trafic. A plusieurs reprises la
pirogue accoste la rive Thaïlandaise où attend un camion dans le quel elles sont embarquées.
Nous avons un peu de mal à comprendre la finalité de ces opérations, mais bon, tant que ce
n'est pas de l'opium (nous sommes en plein triangle d'or) pas la peine de s'inquiéter.
Cela m'arrangerait d'arriver à Houessay avant la fermeture de la frontière (18 h00) afin de
passer le jour même en Thaïlande pour pouvoir éviter la queue du matin à la douane et attraper
un des bus matinaux pour Chiang Mai. Il semble que cela devrait aller car à 17h30 le « port »
d'Houessay » est en vue. Et c'est précisément à cet instant que la pirogue talonne et s'échoue
sur un lit de caillou !


Pas de panique, les passagers débarquent pour alléger, on pousse pour revenir dans des eaux
plus profondes, sans oublier de sauter au dernier moment dans la pirogue avant de rester jouer
les Robinson sur le banc au milieu du fleuve.


Arrivée au port à 17h40, c'est un peu la course, payer Nan, galoper au poste frontière pour les
formalités de sortie du Laos, embrasser Sylvie et Alain, échange d'adresses, attraper une autre
pirogue pour traverser le Mekong vers la Thaïlande. Le poste frontière n'est pas encore fermé
(heureusement sinon je deviens « apatride » sans aucun visa ni du Laos ni de la Thaïlande!)


Houexai




Houexai présente fort peu d'intérêt. Nous effectuons les démarches pour obtenir un visa tout
neuf, des queues, des touristes, des paperasseries, une inorganisation exemplaire. Nous
avions prévu de descendre la Mékong de Houexai jusqu'à Luang Prabang, mais après notre
sympathique descente improvisée de la Nam La, on aurait pu changer d'avis. Des heures de
bus en perspective nous ont poussé à persister. Bien mal nous en a pris. C'est un voyage qui
dure deux jours, dans un bateau bourré à bloc de touristes en tout genre et de quelques locaux
relégués à l'arrière de l'embarcation, là où la chaleur devient suffocante, l'odeur du fuel
insupportable et le bruit du moteur assourdissant. Les rives charmantes au début, deviennent
vite monotones, et le trajet du deuxième jour dure quelques 8 heures. L'escale d'une nuit a lieu
à Pakbeng, une nasse à touristes, dans laquelle on se fait tous piéger. Les prix sont à la
hauteur de la voracité des gens du coin, qui ne pensent qu'à remplir leur poche sans scrupule.
Vous avez compris, on a regretté notre choix. Mais c'est le Mékong tout de même !



 

Retour à Louang Prabang, le temps d'acheter le billet d'avion pour Pacsé. Nous avons décidé
de sauter d'un coup d'aile jusque-là, car on commence à saturer question longs trajets en bus.
On a retrouvé notre petit hôtel tranquille et son gentil propriétaire. Une fois encore, un petit
restaurant au bord du Mékong, un petit temple par-ci par-là et nous voilà repartis.

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