mardi 22 février 2011

de Muang Khua (N-E du Laos) à Luang Nam Tha (N-O du Laos)

Le retour triomphal de Wetsantarra dans son royaume






Muang Khua

Muang Khua n'est pas franchement un lieu des plus attractifs. C'est un gros bourg qui a poussé le long de la route qui remonte de l'embarcadère. Les échoppes sont achalandées de l'outillage indispensable aux villages isolés, et d'hélices de bateau en nombre. Un bac antédiluvien permet aux voitures, aux cars et même aux gros camions de passer la rivière, la route relie le Laos au Vietnam. D'énormes travaux sont en cours pour améliorer cette route en la gratifiant de deux ponts, l'un pour traverser la Nam Ou et l'autre son affluent, la Nam Phak.











On s'écroule dans un hôtel assez morose dont les fenêtres sont aveugles. Les restaurants du bled ne sont pas chatoyants non plus. On s'en contentera. On y a néanmoins dégusté de savoureux champignons au gingembre. On cherche à rejoindre la rivière, le chemin que les villageois empruntent descend un méchant sentier abrupte, caillouteux et malodorant. Pourquoi ne se donnent-ils pas la peine de mieux accommoder leur cadre ? On s'assoit un long moment à regarder l'animation qui règne autour du bac, comment celui-ci est piloté, comment les hommes s'acharnent à vider les cales des tonnes d'eau qu'elles ont ingurgitées, comment le piroguier hisse les mobylettes à bord de sa frêle esquif, les jeunes filles qui viennent faire leur toilette, laver la salade et faire la lessive tout à la fois, les propriétaires de véhicules qui viennent les nettoyer à grande eau en mettant la sono à fond....











Le lendemain, on se hasarde sur des sentiers incertains en quête d'un village ou d'un chemin de
randonnée. A l'approche de quelques maisons, un homme sort de chez lui et nous invite à entrer dans sa cahute. Il nous offre un verre d'eau, du lao-lao dans un verre louche et crasseux, de la soupe inquiétante, nous faisons la fine bouche et déclinons l'offre... Il ne paraît pas s'offusquer. Il nous présente à ses amis accroupis autour de la table basse. Ils sont tous de la police. A l'entrée du village un panneau annonce fièrement que l'endroit connait 0 % de criminalité et pas de drogue. 












La vallée bucolique promise par le guide, est largement éventrée par les travaux, et le chemin qui longe la berge de la Nam Ou s'avère de plus en plus glissant et escarpé. On abandonne, on ne parviendra pas à s'approcher de la petite usine d'orpailleurs repérée de loin. On piquenique sur une estrade de bambou parmi les bambous, d'une baguette vieille de deux jours, d'une vache qui rit, d'une carotte et de quelques tomates, un véritable festin !









Mais c'est quoi ça ? Ca se mange ? oui ce sont des taupes





Ca y est, on reprend le bus, cette fois-ci pour 3 heures afin de nous rendre à Oudomxai. J'ai dû
m'endormir, je ne me souviens pas bien du décor. Mais même les yeux fermés, je peux vous assurer que c'est encore de la montagne, des villages au bord de la route, de la forêt à perte de vue, des plantations d'arbres de teck, et qu'on commence à voire apparaître celles d'hévéas. A quelque distance de chaque village, on voit les hommes, les femmes et les enfants marcher sur les bas-cotés, toujours lourdement chargés de ce qu'ils ont glané, des branchages, des bambous, des plumets.... 






Fumage artisanal de la viande au bord de la route

Oudomxai


Oudomxai, un patelin sans attrait particulier, composé de deux larges avenues bordées de maisons 'm'as tu vu', aux balcons ouvragés à en devenir presque insolents, aux couleurs criardes, de magasins dont la marchandise se répand à même le sol, comme déversés en vrac d'une grande bouche sombre. On retrouve les vendeurs de téléphones portables, les supermarchés regorgeant uniquement de produits chinois, les restaurants disposant de grandes tables rondes entourées de leurs chaises à dossier haut, les caractères chinois sur les panneaux.... on se croirait en Chine, tout simplement !





Ayant rendu une petite visite à la seule attraction du coin, un temple sur la colline qui offre au moment du coucher de soleil un joli point de vue sur la ville et les montagnes alentours, ayant taillé une bavette avec un jeune et sympathique bonze, qui rêve de faire des études bien que son père soit très pauvre, nous louons une mobylette, et tâchons de suivre les indications données par le LP (Lonely Planet) à destination de villages à proximité. Nous roulons rapidement sur un chemin très caillouteux et non moins rapidement sommes confrontés à une bifurcation sans savoir quelle direction prendre. Nous posons la mobylette et continuons à pied. A quelques enjambées de là, on tombe sur la construction d'une maison en bambou. On reste un long moment à admirer la dextérité des hommes, maniant pour seul outil la machette et pour seul matériau, le bambou. Il y a bien de temps en temps un coup de marteau pour planter quelques clous. Ils sont une dizaine d'hommes, et une journée leur suffira pour parvenir à leur fin. Les femmes entretiennent le feu, s'occupent des enfants en bas age, et confectionnent le repas. Celle qui prépare une salade émince finement un bloc gélatineux rouge écarlate et flasque, puis ajoute épices, fines herbes et coriandre à foison. Impossible d'identifier l'aliment. Il faudra bien y goûter cependant, à la demande insistante de la cuisinière. On nous suggèrera par la suite qu'il devait s'agir de sang gélifié.... On a l'impression qu'on ne dérange personne à rester là et à s'approcher pour regarder de plus près. Finalement, un homme m'explique par geste qu'il a mal aux dents, on lui donne deux comprimés de doliprane. Et quand on fait mine de s'éloigner à la vue de la table dressée dans la maison inachevée, ils nous convient à leur repas. Par crainte du chili et de l'eau non potable, on refuse gentiment.








En fin de journée, on repasse par là. La maison est achevée et on est reçu chaleureusement.


On poursuit la visite des villages voisins.


Une sono joue à tue tête, on l'entend à des kilomètres à la ronde. C'est la fête ! Sous une bâche hâtivement dressée, certains dansent en se trémoussant lascivement, et d'autres se saoulent la gueule gentiment. Dans un coin, une jarre d'alcool de riz fermenté qui est aspiré par des pailles plantées dans le couvercle. Ils sont trop désinhibés, ils tiennent fermement à ce que je boive avec eux, je m'éloigne discrètement. Au bout d'un sentier qui mène à la rivière, on assiste à l'écorchement, en un tour de main d'un crapaud vivant.




Les villages sont somnolents, les villageois indolents. Ce sont surtout les enfants, curieux de notre
présence qui entrent en communication avec nous. Et il y a le gentil timbré du village qui nous offre un bouquets de fruits (racine bulbeuse blanchâtre, entre la pomme, la poire et la rave) en nous
raccompagnant.


Luang Nam Tha


Le bus de 8 h pour la destination suivante, Luang Nam Tha est complet quand on se pointe à la gare
routière. Il faut attendre 11 h pour que le suivant se remplisse. Dorénavant on aura à coeur d'arriver une heure à l'avance... On est de nouveau dans un coin à touristes, les hôtels, les restaurants, les cybercafés, les agences proposant circuits et treks se succèdent. On loue une mobylette pour décamper et se rendre dans des lieux un peu en retrait. Seulement ici à Muang Nam Tha, c'est le repère des trekkeurs. Les agences doivent respecter une charte les obligeant à ne pas constituer de groupes de plus de 8 personnes et à s'organiser pour ne pas se rendre dans un village plus de deux fois par semaine. Les villages peu éloignés et en bordure des chemins caillouteux sont peut-être un peu moins fréquentés ? Thomas, un couchsurfer avec qui nous avons mangé un soir (le seul couchsurfeur au Laos que nous ayons eu la chance de rencontrer jusqu'à présent) nous apprend qu'un couple qu'il hébergeait s'est fait arrêter par les flics parce qu'ils parcouraient la réserve naturelle (instaurée pour préserver la forêt primitive) sans guide. Poste de police, forte amende, lui-même en tant qu'hôte et son logeur ont été inquiétés.... Ca ne rigole pas ! Thomas va interrompre de proposer l'hospitalité pendant un certain temps. Ca fait 5 mois qu'il est ici, il a un contrat d'un an pour travailler en tant qu'informaticien volontaire. Les ONG allemandes sont les seules encore présentes dans la région.






On surprend au passage quelques scènes furtives : une marchande qui prépare de fines pâtes de riz, des femmes qui tissent sous les pilotis, un homme qui confectionne un filet de pêche, une tablée qui joue aux cartes... Dans un village Lanten, les toits en chaume des maisons tombent pratiquement jusqu'au sol, une femme confectionne du papier de bambou qu'elle fait sécher sur de grands panneaux. On nous salue toujours de l'éternel 'Sabadee !' chantant. Certains nous remercient de venir jusqu'à eux, en joignant leurs deux mains à hauteur de menton et en hochant la tête. Des poules, des cochons, des buffles placides, parfois même des dindons émaillent la quiétude ambiante.






Commence à émerger dans mon esprit le projet un peu fou, à la lecture des guides, de descendre la rivière Nam Tha, de Na Lae à Houexai. On ne peut le faire depuis Luang Nam Tha, parce que la saison sèche est trop avancée. A Na Lae il faut négocier un bateau, trouver un batelier avec qui convenir du gîte et du couvert, sans être assuré de trouver sur place quelqu'un qui puisse même baragouiner l'anglais. Ca peut prendre quelques jours avant de pouvoir embarquer....


On réalise du même coup, que nos visas arrivent bientôt à échéance. Ca va bientôt faire un mois qu'on est au Laos. Si on veut faire la descente de la Nam Tha, il faut soit foncer pour arriver à temps à l'office de l'immigration de Louang Prabang, soit changer de stratégie. Alain a un trait de génie, il propose qu'on passe la frontière de la Thaïlande à Houexai (la Thaïlande est de l'autre côté du Mékong), et qu'on rentre au Laos avec un nouveau visa (valable 30 jours pour 30 €), plutôt que de demander un prolongement à Louang Prabang (qui revient à 2 $ par jour prolongé). Comme ça, d'une part on n'a pas à déterminer à l'avance du nombre de jours supplémentaires qu'il nous faut, et d'autre part on n'a plus besoin de se presser.


L'idée poursuit son chemin. On se renseigne auprès d'une agence qui nous décourage complètement, puis auprès d'une guesthouse qui paraît mieux savoir de quoi elle parle, qui nous conforte qu'en nous rendant à Na Lae, on a des chances de trouver une pirogue et que la rivière est encore navigable en ce moment. Ensuite on change un peu nos plans, on va rester moins de temps que prévu ici à Luang Nam Tha et on va essayer de trouver des compagnons de fortune pour diminuer les frais de l'expédition : tout de même 100 € la location du bateau, pour deux jours de descente.


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