samedi 19 février 2011

Luang Prabang, puis le nord-est du Laos



De Vang Vieng à Luang Prabang





Beau voyage en bus, assis tout à l'avant à l'étage supérieur. La route serpente entre des crêtes de montagne très découpées, et traverse de nombreux villages. Les maisons sont installées tout au bord, un coté adossé au bitume, l'autre posé sur des pilotis. La plupart des villageois sont occupés à ramasser des plumets, qu'ils font sécher sur les bas-cotés, puis qu'ils frappent pour en faire tomber les graines (?). A quoi cela peut-il bien servir ? A confectionner des balais ? En fin d'après-midi, ils rentrent au village lourdement chargés de ces plumets bien rangés, serrés en ballots. La plupart des toits sont des toits de chaume, certains villages sont couverts de tôles rouges, certains de  tôles bleues.                                                  


 

Luang Prabang, une péninsule installée dans un méandre formé du Mékong et de son affluent le Nam
Khan, offre au visiteur ses charmes indolents. Ici tout se parcourt à pied. Classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO, il recèle plus d'un tour dans son sac. Ancien protectorat français, il demeure en son sein des maisons aux allures surannées, encore empreintes des splendeurs d'antan. Mais les propriétaires actuels n'ont pas vraiment les moyens de les entretenir, à moins de les transformer en guesthouses fastueuses. Luang Prabang a encore une âme car elle abrite des laotiens, mais pour combien de temps ? Pourvu qu'elle ne devienne pas une ville musée...






Le quartier de l'hôtel dans lequel nous avons finalement trouvé une chambre, est un peu à l'écart. Il est parcouru de petites ruelles sans voiture.

On grimpe sur la colline du Phou Si pour contempler le Mékong. On y croise 'Mon Jeannot', en qui Alain reconnaît Jean D'Ormesson et sa dulcinée qui roucoule. Le temple Pa Houak au pied de l'escalier est particulièrement charmant, qui renferme de magnifiques fresques datant de 1860, encore très bien conservées.








Les temples fourmillent à Luang Prabang, mille occasions de poser les vélos et de flâner. On
retiendra le palais royal, transformé en un musée qui contient, entre autre, une collection d'incomparables Bouddhas, le joli petit musée ethnographique qui présente avec élégance les ethnies qui vivent au Laos et le joyau de la visite : le Wat Xieng Thong, un ensemble de temples richement décorés, qui de bas reliefs dorés resplendissant de tous leurs feux, qui de mosaïques colorées, qui de dessins à la feuille d'or sur fond de laque noire.









Sur l'autre rive du Mékong, un temple retiré : le Long Khoun. Il recèle des peintures défraichies, dont on ne reconnaît pas le motif. On découvre lors de recherche sur internet que c'est une iconographie très rare de Temiya Jâtaka, une des dix dernières vies antérieures de Bouddha.

« Le Bodhisatta renaît sous le nom de prince Temi. Jusqu’à l’âge de seize ans, il se refuse à parler et
simule la surdité et le mutisme. Son père fait plusieurs tentatives pour l’effrayer et le faire parler ; il
lâche sur lui un éléphant sauvage puis un serpent dont les crocs ont été enlevés auparavant ; l’enfant ne
bronche pas. On l’enferme alors dans le gynécée, au milieu des courtisanes et des danseuses. Étendu sur
son lit, retenant son souffle et ses battements de coeur, il prend l’aspect d’un mort. Cette nouvelle
expérience s’étant révélée négative, le roi se résout à suivre les avis de ses conseillers et ordonne
d’enterrer son fils. On met le prince dans un char. Arrivé à la lisière de la forêt, alors que le cocher
commence à creuser un trou, le prince descend du char, le soulève avec l’attelage et le renverse. Puis
s’adressant au conducteur qui est à genoux devant lui, il lui dit d’aller prévenir le roi et la reine qu’il
parle désormais et qu’il va mener une vie d’ascète. Celui-ci rentre au palais et informe le souverain, qui,
accompagné de la reine et de nombreux courtisans, va se prosterner devant son fils.... La fresque de
Luang Prabang est donc intéressante, non seulement à cause de son originalité mais surtout parce que
chaque épisode se distingue fort bien : l’éléphant à genou devant l’enfant, le serpent qu’on agite devant
lui pour l’effrayer, les femmes endormies autour du corps rigide du prince, le jeune Bodhisatta soulevant
char et attelage, pendant que le conducteur creuse le sol avec sa pelle, le cocher à genou devant le
Bodhisatta ermite, son retour au palais pour informer le souverain enfin le roi, la reine et leur suite
venant se prosterner devant leur fils. » Etudes d’iconographie bouddhique et brahmanique -
Représentations murales de Jàtaka à Luang Prabang, par Henri Deydier (octobre 2006)






Au Laos, et à Luang Prabang en particulier, les Bouddhas ont des positions caractéristiques : le mudra
'appel de la pluie' (debout, les deux bras le long du corps, les doigts pointant vers le sol) et le mudra '
Bouddha contemple l'arbre de la Bodhi' (debout, les bras croisés sur la poitrine).





Arrivés à la station de bus, on réalise qu'on va devoir grimper dans un sawngthaew, un pick-up qui
entasse 16 personnes (ou plus !), assises perpendiculairement à la route. Aïe ! Comment un voyage de 3 heures va-t-il se dérouler dans ces conditions ? Plus facilement que prévu, car la route est bitumée et en assez bon état. Un très jeune et très sympathique australien nous tient compagnie et nous parle de son voyage. Il a commencé il y a 15 jours un périple qui doit durer une année et l'amener jusqu'en Mongolie, en passant par l'Asie Centrale, puis en Inde. Il baragouine quelques mots de laotien, et tient à nous parler pour exercer son français. Il nous paraît fort doué pour les langues et pourvu d'un bel esprit d'aventure.






A Nong Khiaw, on saute dans une pirogue. On est entassé comme des sardines en quinconce en fonds de cale. Heureusement le trajet ne dure qu'une heure. La Nam Ou serpente dans la montagne sauvage. On aperçoit parfois un buffle qui patauge, seul au monde. Il faut dire que le Laos est grand comme le
Royaume Uni et ne compte que 6 millions d'habitants.

Muang Ngoi

On débarque sur la berge de Muang Ngoi, qui doit compter autant de guesthouses que de maisons, qui
bordent une rue de 500 mètres de long, dont l'une des extrémités tombe dans la jungle, et l'autre est
occupée par un temple. Oui, mais dans une des boutiques on trouve de la vache qui rit et du nutella ! Des bungalows font face à la rivière, agrémentés chacun d'un petit balcon et de deux hamacs. Il n'y a
d'électricité que de 18h à 22h, très peu souvent de l'eau courante et pas de douche. Un coin paisible,
seulement dérangé par le chant tonitruant des coqs. Les abords du village sont un peu négligés, les
chemins ne sont plus tracés, les poubelles s'entassent par endroits, le terrain de foot est jonché de bouses, la conduite d'eau a des fuites ce qui génère des flaques de boue. Les femmes sont attroupées au seul point d'eau d'où elles peuvent remplir leurs seaux et doivent attendre longuement leur tour. Au petit matin, je vois des pêcheurs réjouis ramener un énorme poisson aux nageoires jaunes. Sur la grève, les uns transportent des sacs de sables, la taille de ceux-ci variant avec l'age des membres de la famille, d'autres réparent leur embarcation, d'autres les lavent à grande eau.





C'est l'endroit où Alain se décide à se mettre en quête d'un coiffeur. Séance mémorable. Assis sur un
minuscule tabouret, un tablier douteux accroché derrière le cou, Alain est absorbé dans ses pensées. Un
homme concentré sur son peigne et ses ciseaux s'active autour de son crane. Progressivement tous les
gens alentours affluent, commentent et observent le travail.





Nous empruntons le chemin qui mène à un village voisin. Plusieurs groupes de touristes sont partis plus
tôt accompagnés de leur guide. Bien nous a pris de partir un peu plus tard, nous ne croiserons pas grand
monde en route. Le paysage est sauvage, les versants sont couverts d'une végétation dense d'où émergent de hauts troncs blancs dégarnis. De quel arbre peut-il bien s'agir ? On traverse plus d'un cours d'eau, à gué, sur des ponts de bambou bancals ou les pieds dans l'eau. On croise des enfants qui par petits groupes vont pêcher munis de masques et de harpons qu'ils ont fabriqués eux-mêmes. On est surpris par une horde.... de buffles qui surgit soudainement derrière nous. Ils parcourent les fourrés par des voies connues d'eux seuls.




On arrive au village de Huey Son, quelques trois heures plus tard, un village enchanteur. Les maisons sont sur pilotis, en bois ou en bambou, entourées d'un espace en terre battue, net et soigné, où sont entreposés ustensiles ou réserve de bois. On sent qu'ici règne une certaine organisation collective. Tout semble paisible, chacun vaque à ses occupations. Des femmes papotent autour du feu, des hommes nettoient leurs fusils, dont le canon est démesurément long, ou les remplissent de poudre à canon, des enfants se lavent à la fontaine, des jeunes jouent à la pétanque. Un homme tranquillement assis à fumer sa pipe, répond à mon étonnement devant un gros trou qui manifestement a été intentionnellement creusé dans le tronc d'un palmier et nous explique par signe que c'est pour l'empêcher de devenir trop grand et de grandir trop haut. Une maman surveille son enfant qui apprend à marcher sur un ingénieux tourniquet de bambou planté dans le sol. Un seul estaminet dans le village, où l'on peut commander un riz frit. On comprend qu'on aurait pu passer la nuit ici, ah ! si on avait su...! Nous rejoignent deux voyageurs solitaires, un marcheur invétéré, qui sitôt arrivé, repart au pas de course pour, espère-t-il, atteindre le village suivant. Il nous rattrape deux heures plus tard, bredouille, et un monsieur d'Angers, jardinier de son état, qui voyage depuis des années déjà trois mois par an et connait toute l'Asie du sud-est comme sa poche. Ce jour-là, c'est son anniversaire et pendant qu'on bavarde, il descend quasiment toute une bouteille de lao lao, alcool de riz fermenté, qui à mon goût, ressemble à l'alcool à brûler qu'on met dans le réchaud pour la fondue.










On est arrivé à Muang Ngoi par bateau, mais arriverons-nous à repartir pour remonter la rivière jusqu'à
Muang Khua. On se pointe à l'aube pour mettre nos noms sur la liste, mais deux heures plus tard, nous ne sommes toujours que 3 à s'être inscrits. Pour partir, il faut être 10. Peut-être trouverons-nous une place sur le bateau qui vient directement de Nong Khiaw en fin de matinée. Puis la chance nous sourit, un groupe de français fait le voyage sur un bateau qu'ils ont réservé. On nous rajoute à eux, ainsi que trois autres villageois, mais nos français ne sont pas ravis du tout de notre présence, et ils nous le font bien sentir. Ils demanderont au batelier un dédommagement. C'est une aubaine, car ce bateau a des sièges, sinon on aurait eu à affronter l'inconfort absolu. A part l'aigreur de nos compagnons de voyage, ce parcours est fort agréable. Des villages se devinent derrière les arbres, des femmes sondent la rivière à la recherche de poussières d'or, des radeaux de fortune sont arrimés aux branches, et de plus en plus souvent on franchit des rapides, aux tourbillons impressionnants. Et nous voilà arrivés à bon port plus tôt que prévu. Cela ne nous a pris que 4 heures en fin de compte.



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