On ne trouve aucun moyen autre que l'avion pour nous rendre au lac Inlé. Le bus met 13 h, ce qui
nous emballe guère, le taxi est plus cher que l'avion. Pas de compagnons de route en vue pour
partager les frais.
Ça commence bien, le taxi demande 20 $ pour nous emmener de l'aéroport à la ville (qui est à 30
km). L'hôtel des Quatre sœurs, à l'extrémité du village, est on ne peut plus basique. Une des soeurs
ayant épousé un allemand, beaucoup de ses compatriotes descendent ici. On entend leurs voix
gutturales à travers la mince parois de bambou, comme si on dormait dans la même chambre. La
douche est froide, le sens de l'accueil s'apparente au moyen de sonder le voyageur sur ses intentions
dans le seul but de le presser comme un citron, et le restaurant est tristounet. Dès le deuxième jour,
on cherche asile ailleurs. Les sœurs nous embringuent sur leur pirogue pour la journée du lendemain.
Nous effectuons le circuit classique que suivent tous les touristes. Heureusement que le lac est d'une
beauté à couper le souffle et qu'on en oublie le sentiment d'être pris pour une vache à lait.
Deux pécheurs sont embusqués à la sortie du chenal pour la photo. Ils transportent une nasse en osier
conique comme on n'en fait plus, ils ne pèchent pas, ce sont des enfants !
Le marché flottant, vanté de toute part, qui n'a lieu que tous les 5 jours et justement ce jour-là, est une tromperie de taille ! Il est tellement réduit à sa portion congrue, qu'il n'y a qu'une seule pirogue qui vient nous accoster pour nous vendre des pacotilles. A terre, un marché de souvenirs pour touristes. A l'arrière ban, quelques femmes Pa O, reconnaissables à leur fichu orange vif, tiennent leur étal à même la terre
battue.
On nous promène d'échoppes d'artisan en échoppes, qui camouflent des boutiquiers avides
d'arnaquer le passant : les joailliers, les tisserands, les fabricants de papier en fibres de murier et les
confectionneurs d'ombrelles, les ferronniers, la manufacture de cheroots... J'achète un bout de tissu
dont le fil est tiré de feuilles de lotus, c'est unique au monde. Ils ont même fait descendre de leur
contrée deux femmes girafe, au coup allongé par des anneaux empilés, exhibées comme des bêtes
de foire.
Puis nous filons vers des villages lacustres et les cultures sur l'eau. Là on se réconcilie avec
le lac Inlé. C'est superbe et ça fleure l'authentique. Les Inthas, probablement venus du sud de la
Birmanie, relégués autour du lac par les tribus Shan qui occupaient déjà les lieux, ont su développer
plusieurs formes d'artisanat et des techniques très originales pour pêcher et pour cultiver. Ils pêchent
en ramant avec une jambe pour libérer les deux bras qui ainsi peuvent actionnent le filet. Se tenant
debout, ça leur permet de surveiller les fonds très peu profonds, de repérer le poisson et de ne pas
s'enliser dans les plantes aquatiques.
Ils ont mis au point une culture flottante, la culture hydroponique, très ingénieuse, preuve de leurs
capacités d'innovation et d'adaptabilité. Ils découpent des bandes dans une couche d'un mètre
d'épaisseur d'entrelacements de plantes aquatiques, qu'ils arriment au fond du lac avec des perches
de bambou. Ils les recouvrent de terre et d'engrais. Ils cultivent ainsi de nombreux légumes, dont les
tomates, dont ils sont les plus importants producteurs du pays. Ils parviennent à faire deux cultures
par an. C'est en barque qu'ils entretiennent leurs jardins, et pour arroser il leur suffit d'enfoncer
légèrement les bandes dans l'eau.
On loue des vélos et on pousse jusqu'au village suivant au bord du lac. On croise des enfants qui
font voler des cerfs-volants dans les champs. La pagode qu'on voulait rejoindre est inaccessible à
pied, mais on en découvre une autre à l'entrée du village, où vient d'arriver une famille qui déploie
tout l'attirail pour vénérer les divinités : d'abord il faut nettoyer les lieux, balayer, laver à grande
eau, puis déballer les offrandes et aller les porter devant chaque autel, tout ça dans un joyeux
babille. Dans le village, un jeune garçon prépare sa pirogue pour aller vendre du petit bois avec son
père. Tout le monde nous salue gaiement, étonné de notre incursion jusque chez eux. Ils ont
l'électricité, mais pas l'eau courante. Quelques maisons disposent d'un puits. Dépaysement garanti.
Aujourd'hui c'est Noël, on fête l'évènement avec un repas fin et délicieux dans un restaurant chic
spécialisé dans la cuisine shan.
jusqu'au lac suivant, monter jusqu'à Pindaya, où se trouve la grotte aux 1000 Bouddhas, mais rien
n'est prévu pour faciliter la tâche des voyageurs. Pas de moyens de transport locaux pratiques, et des
prix défiant toute concurrence pour les touristes. On aurait bien aimé se regrouper avec d'autres,
mais personne n'a répondu à l'appel. Avant de repartir dépités, nous repassons par une agence ayant
pignon sur rue dans le bled, et je leur dis ma façon de voir : au lieu d'exploiter jusqu'à la lie le filon
du tour du lac à 12.000 K et d'embringuer tout le monde sur le même circuit, ce qui tue le charme
du site, ils feraient mieux de diversifier les prestations et de mettre en place des solutions
alternatives aux taxis privés, qui pratiquent des prix prohibitifs. Finalement les gens ne restent qu'un
jour et repartent. Et donc on repart !
je tombe par hasard sur votre blog en cherchant des infos sur le lac Inle, quelle condescendance dans votre propos! vos photos sont très belles, mais votre commentaire ( genre: " je leur dis ma façon de voir") est d'une suffisance elle aussi à couper le souffle.
RépondreSupprimerBonjour, très beau voyage et très belle photos bravo ... je vous contact car je rédige un article sur un petit blog de broderie sur le fil de fleur de lotus ... et donc vous demande la possibilité d'illustrer cette article avec 2 de vos photos (la 129 et la 144)
RépondreSupprimerBien évidemment votre nom et l'adresse de votre blog seront inscrit
Merci de votre réponse (rapide)